LE SKI N'EST PLUS CE QU'IL ÉTAIT


Les yeux rougis, qui piquent après une parodie de nuit dans un compartiment proche du wagon à bestiaux Une valise de 800 kilos, les œufs durs, le pâté, les odeurs de pieds, les haleines chargées d'histoire... Le matin froid, pluvieux Le quai de la gare, l'odeur de pot d’échappement, le bus qui ronfle La ville ne sera plus qu'un lointain souvenir bien confiné au fond de la vallée sombre Les premiers arbres, les lacets, les premières neiges et les premiers rayons de soleil L'inquiétude et l'angoisse qui s'estompent La perspective de montagnes majestueuses, de pentes enneigées Bientôt le fracas des remontées mécaniques bercera les cerveaux embrumés Des géants d'acier qui sortent de leur nuit de sommeil Les odeurs de cambouis Implacable ronron qui ne s’arrêtera que quelques minutes avant le crépuscule Bientôt le soleil réchauffera ces corps endoloris autant par le froid que par le manque de sommeil Les premiers skieurs entameront leur marathon journalier Vite se changer, engloutir un ptit dèj, dévaler les escaliers Premières suées, premières queues, chez le loueur, les forfaits, les remontées mécaniques Lunettes, gants, crème, labello et premier décollage, arraché de terre par un tire-cul à l'ancienne Les cuisses qui brûlent, le froid qui pique Mais quel bonheur Et la vie suivra son cours Moins d'excitation enfantine Moins de kilomètres de pistes Plus de vin chaud Moins enthousiaste mais plus serein Se détendre, regarder, voir ceux qu'on aime se régaler Voir ses enfants, les enfants, vivre ce qu'on a pu vivre il y a quelques années, à peine Le ski comme symbole de la vie qui passe, paisiblement Aujourd'hui les Alpes se sont fait Pyrénées, les chamois isards, et le papa directeur de colo Ne pas se centrer sur sa tronche mais tout faire pour qu’un groupe vive ce ptit bonheur le plus pleinement possible Du stress, des galères, des attentes Mais les autochtones, le cerveau certainement avachi par l'usage intensif du cannabis, sont sympas Les anim des autres colos le sont aussi La San Miguel est fraîche et le vin pas dégueu Le soleil s'est même invité au bal La neige est bonne et les sensations au rendez-vous L'esprit est serein, le corps exultera bientôt si le car du retour ne s'écrase pas dans un ravin Le ravin, qu'il soit français, belge, c'est plus rare, ou espagnol n'est pas le meilleur ami de l'homme Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes Pourquoi ce conditionnel, pourquoi venir polluer cette version personnelle de la madeleine de Proust ? Le bonheur, comme tout équilibre, est par définition instable et le malheur n'est jamais très loin derrière. Une double fracture ouverte ? Le décès d'un jeune ? Le télésiège qui se décroche ? Une avalanche dévastatrice ? Vous êtes loin du compte fidèle lectrice catholique Tout s'est passé très vite Un rapide regard sur mes skis aura suffi Et savez-vous à quelles planches je confie mon corps d'athlète ? Vous y êtes ? A des skis de marque Salomon ! Imaginez ma stupéfaction Ces gens-là contrôlent vraiment tout C'est vraiment lamentable et je me demande de plus en plus ce qu'on attend pour réagir.

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