YAVBOU CONTRE EXPERTS


Avec dix titres majeurs, il faut une nuque solide pour porter cinq médailles d’or mondiales, trois européennes et deux olympiques. Même si ça fait du bien, il est inutile de revenir sur ce palmarès unique, et donc incomparable. L’exploit le plus formidable réussi par cette équipe est d’avoir banalisé la performance, qui du coup ne parait plus si exceptionnelle que ça. Et comme si cela ne suffisait pas, les équipes de France jeunes se sont mises elles-aussi à enquiller les titres mondiaux et européens. Le tout en 25 ans durant lesquels le handball tricolore masculin a perdu la bonne habitude qu’il avait de se faire punir par la plupart des équipes majeures. Quel manque de diplomatie ! A l’heure d’aborder l’Euro polonais, la perspective d’un neuvième titre ne semble pas soulever l’enthousiasme des foules pour le coup pas trop en délire. Claude Onesta lui-même, passé maître dans l’art de communiquer, nous explique en conférence de presse que contrairement à certaines grosses équipes, les bleus n’ont aucun autre objectif que celui de faire du mieux possible. L’important reste les JO de Rio pour lesquels nous sommes déjà qualifiés. Il a raison, inutile de se mettre une pression inutile pour un titre qui ne changerait pas fondamentalement le cours de l’histoire. Mais surtout il s’adapte à une situation dans laquelle le nombre de rookies sélectionnés n’a jamais été aussi élevé. Le staff tricolore est passé maître depuis presque une décennie dans l’art d’intégrer des ptits nouveaux. Cedric Sorhaindo, Wiliam Accambray, Samuel Honrubia, Xavier Barachet, Valentin Porte, Luka Karabatic ont en leur temps fait une entrée plus rapide que prévue mais à chaque fois gagnante. Avec un rôle majeur assumé avec brio, une part importante dans l’obtention d’un titre. En palliant l’absence d’un blessé ou d’un jeune retraité, et en étant choyé comme un enfant qui intègre une famille. La tradition, la tribu, la transmission, toutes ces valeurs ont été à chaque fois mises en avant pour expliquer ce qui relève tout autant de la volonté que de la nécessité. Tout sauf un coup de poker. A chaque fois que des choix ont été faits, les gardiens du temple ont fait ce qu’il fallait pour le rendre gagnant. Impressionnant et très efficace. D’autres bleuets sont apparus, dans des conditions moins urgentes, Mathieu Grébille, Thimotey N’Guessan, Kevynn Nyokas, Kentin Mahé, Igor Anic en particulier. Jusqu’au staff ! Sylvain Nouet a eu à peine le temps de traverser la Méditerranée que Didier Dinart a enfilé le costume. L’ancien taulier de la défense française ne surprend même plus ceux qui pensaient rêver en le voyant coacher cette dream team dès sa première apparition sur le banc de touche. Fini les « il faut gagner ses duels », distillés par Onesta et sa truculence nougaresque. Plus fort que Zidane himself! Pas besoin d’un passage par la réserve du Real. Volonté de faire vivre un groupe pour ne pas tomber dans le piège de l’immense Suède des années 90. Tout autant que nécessité. Et comme chacun peut le savoir, nécessité fait loi. En ce début d’année 2016, la traumatologie sportive n’a pas été tendre avec cette équipe. Nos quelques larmes à peine séchées devant ces cinq absences majeures, notre tendance curieuse nous pousse moins à stresser devant le suspens d’un nouveau titre, qu’à nous extasier devant les premiers pas officiels de Nicolas Claire, Ludovic Fabregas, Adrien Dipanda, Benoit Kounkoud, Olivier Nyokas, Théo Derot et Nedim Remili ! Excusez du peu. Les tauliers ont déjà prouvé qu’ils pouvaient à la fois enquiller les titres et intégrer des petits nouveaux. Mais là ça fait beaucoup et il faudra gérer ce que tous les observateurs appellent la profondeur de banc, sans trop savoir ce que c’est. Pas comme celle de la piscine. C’est toujours un plaisir de voir que ce sport ne s’est pas endormi sur ses nombreux lauriers et les aficionados vont se régaler devant l’éclosion de ces jeunes pousses. A quelques encablures de là, du côté de Berlin, d’autres bleus frappent à la porte de la notoriété sportive. La team Yavbou est en train de séduire ceux qui la découvrent. Un peu comme les Barjots des années 90. De la fraicheur, de la folie, sans oublier ces fameuses valeurs si utiles encette période incertaine. Leur manière d’être, de déconner et de jouer est très spectaculaire et a de quoi séduire le grand public. Un groupe au début de son histoire. Un premier titre européen, une ligue mondiale, on espère tous qu’ils grimperont tout en haut du mont Olympe. De l’irrévérence et du respect. A l’image d’Ervin Ngapeth, joueur magnifique, aussi efficace qu’esthétique et démonstratif, rappeur, capable de frasques capillaires, verbales ou ferroviaires. Peut-être ce qui manque aux experts pour exister médiatiquement, au niveau que leur palmarès pourrait revendiquer. Allez les gars un ptit effort, une bonne histoire de sexe ou de drogue dans les vestiaires. Sérieusement, ce n’est pas un souhait, ni un conseil à nos stars pour définitivement entrer dans le cœur du grand public. Des champions plus exemplaires que charismatiques. C’est comme ça, c’est le hand. Une image un peu lisse, un peu scolaire et unanimiste. Pour ce qui est des résultats, il est difficile voire impossible de faire mieux. Mais la compétition n’est pas seulement sportive. Elle est aussi économique, affective et médiatique. Et on doit se réjouir de cette concurrence au sein du sport collectif français. Le foot et le rugby ont pris de grosses claques mais restent des institutions. Tony Parker est plus qu’un simple basketteur. La team Yavbou est peut-être en train de marquer les esprits. A nos experts d’entrer dans les cœurs, et peut-être de changer de nom…

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