ENFIN UN EXPLOIT DU RC CANNES


Après un hiver aussi timide que le sourire d'une guichetière de la CAF, le printemps tardait à nous montrer qu'il était bien là. Et puis tout est rentré dans l'ordre, un pont de l'Ascension long à souhait, du soleil pas seulement au sud de la Loire, mais surtout des barbecues, symbole absolu de la douceur de vivre. Sauf pour le con qui se retrouve en charge de griller les merguez, qui finit le pif encrassé comme le pot d'échappement d'une vieille 404, et doit jeter ses fringues à la déchèterie. Sans parler des surprises cellulaires qui l'attendent dans quelques années. Ce weekend aurait pu être parfait si le 8 mai n'avait pas eu la très mauvaise idée de tomber un dimanche. Un temps estival qui vous appelle à sortir de chez vous, dans votre jardin ou ailleurs, pour ceux qui n'ont pas le bon goût d'en avoir un. L'occasion de se bouger un peu, de faire du sport pour de vrai, sans télécommande. D'autant que le programme n'avait pas de quoi nous faire grimper aux rideaux. Comme souvent j'exagère, tant le peuple lyonnais a dû fêter jusqu'au bout de la nuit la branlée 6 à 1 que l'OL a infligé à ces pauvres monégasques. Quant au 4-0 du PSG, il me semble que tout le monde s'en fout un peu, depuis que les noceurs de Las Vegas se sont fait sortir sans gloire de la ligue des champions. Il y a bien eu un cinquième titre en 2016 à Madrid pour Djoko, ou des demi-finales de conférence qui battent leur plein en NBA, mais après ? Et bien il suffisait de se délester de 3€40 pour s'acheter un ticket de RER, et en route pour la Porte de Saint-Cloud dans le XVIe. Pas forcément le quartier le plus chaleureux de Paris, mais il fallait pousser les portes du stade Pierre de Coubertin pour assister aux finales du championnat de France de volley. Côté masculin, le Paris-volley retrouve un titre qu'il n'avait pas gagné depuis sept ans, un 3-0 net et sans bavure contre Sète, mettant fin à une série de quatre pour Tours. Mais l'exploit, c'est le RC Cannes qui l'a accompli ! Depuis 1995, sous la présidence prolifique d'Annie Courtade, la princesse de l'hypermarché, les femmes du Racing n'ont jamais fini une saison sans gagner quelque chose. 2 Ligues des champions, 19 coupes de France et 20 championnats, dont 18 huit consécutivement. Des années de labeur durant lesquelles elles butent sur la dernière marche, sans réussir une seule fois à perdre. Là où beaucoup se seraient cassées les dents, elles ont su s'accrocher, à chaque fois se remettre tout autant au travail qu'en question, et enfin perdre cette finale 2016, après avoir remporté les 18 précédentes. Une persévérance légendaire. Tout ça pour dire que l'exploit est peut-être moins dans premier titre de l'AS Saint-Raphaël que dans la première défaite depuis des lustres du RC Cannes. Elles ont tellement banalisé la victoire, que perdre en est devenu un exploit ! Dans ce registre de la chape de plomb qui pèse sur un sport, on n'a jamais fait mieux en France. Mieux que Metz avec 19 titres en 26 ans, et Montpellier avec un 14 sur 18, qui ont largement dominé les deux dernières décennies du handball hexagonal. Mieux que les 17 en 19 ans des hockeyeuses de Cergy-Pontoise. Si on veut peut-être trouver plus fort, il faudrait mettre le nez dans le palmarès surréaliste de Jeannie Longo. Mais là, attention au mal de crâne, avec notamment 59 titres de championne de France. On ne peut évidemment que s'incliner devant ces machines à gagner, et dire qu'elles banalisent la victoire n'est en aucun cas la minimiser. Décrocher la timbale n'est jamais le fruit du hasard, et seuls ceux qui y parviennent savent les ingrédients qu'il faut mettre dans la gamelle, du boulot, des talbins, des structures, de l'organisation et encore du boulot. Certaines écrasent la concurrence jusqu'à devenir hégémoniques. Et c'est là que l'on peut se poser la question de l'intérêt du public pour une compétition dont le résultat est connu d'avance. Dans certains cas, la seule question est de savoir qui terminera deuxième derrière l'ogre ou l'ogresse. Et c'est là que le bât blesse. La dimension essentielle du sport est certainement l'incertitude. Ce n'est pas un hasard si on n'a pas hésité à la qualifier de glorieuse. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Ce n'est pas Pierre Menez, à ne pas confondre avec Bernard, ou votre voisin de comptoir qui le disent, mais un certain Corneille, Pierre lui aussi de son prénom. Ce qui est vrai pour le Cid peut bien l'être pour le Racing, qu'il soit de Cannes, de France ou d'ailleurs. Un championnat dure quelques mois, alors imaginez ce qui peut se passer pendant 18 ans. Le temps nécessaire à ce que la chair de votre chair parvienne à l'âge adulte, sans voir une autre équipe les détrôner. Une monarchie dans laquelle le peuple n'a pas les moyens de s'offrir une guillotine. Une dictature qui se construit dans le granit, avec une presse aussi libre qu'un tigre du cirque Pinder, des élections à peine bidouillées et un culte de la personnalité aussi subtil qu'un rugbyman en goguette. Mieux vaut une partie de fléchettes avec du suspense et des rebondissements qu'une finale des JO du 100m gagnée avec 5 mètres d'avance. Ou qu'un 7-1 en demi-finale de Coupe du monde. Surtout si on parle du tournoi du camping municipal de la Guérinière, sur l'ile de Noirmoutier. Je me rappelle qu'un triste après-midi du siècle dernier, je comatais devant le petit écran qui était moins plat qu'aujourd'hui. Probablement égaré sur France 3, j'ai ouvert un œil moyennement vif sur une finale du championnat de France de jeu à XIII, à l'époque où il n'avait pas été rebaptisé rugby. Drogue dure parmi les dures. Mes souvenirs embrumés ne me permettent pas de me rappeler qui affrontait je crois le XIII catalan. Carcassonne, Saint Estève, ou Villeneuve… ? Sur Lot, pas Saint-Georges. Et bien je ne me souviens pas avoir beaucoup plus vibré devant ma télé, en tout cas, ce match restera dans mon top 10 perso. Un scénario improbable, digne d'un Hitchcock, j'ai fini aussi lessivé que si j'avais joué. Et j'ai même pu commencer la troisième mi-temps avant que la deuxième ne finisse. Le sport se nourrit de duels, comme le calmar géant contre le cachalot, ou le cobra contre la mangouste. Des duels qui bâtissent la légende comme Poulidor contre Anquetil, les verts contre les canaris, Borg-Mc Enroe ou le Real-Barça. Je pourrais vous en coller des tartines, mais je préfère que chacun se souvienne. Des duels homériques, qui sont capables de diviser un peuple en deux, et dont le vaincu sort avec des honneurs parfois bien supérieurs à ceux de son vainqueur. Les volleyeuses de Cannes ou le PSG de QSI n'ont pas dû lire le Cid. Terminer la saison avec 28 points d'avance sur son dauphin n'est pas précisément une victoire périlleuse. A l'époque de la tyrannie héraultaise sur le handball tricolore, on entendait certaines voix nous dire que la concurrence n'avait qu'à travailler. Y'a qu'à, faut qu'on. La bonne blague. A part un manque total d'ambition, qu'est-ce qui empêche Guingamp ou Angers de multiplier son budget par vingt pour s'aligner sur les 500 patates du parisien ? Certaines équipes sont vraiment frileuses. Et certains amateurs de ballon rond risquent de s'ennuyer un peu ces prochaines années, à moins que le prix du baril de brut ne s'effondre. Perso je m'en fiche, ça me permettra de ressortir mon bolide avec ses 12 cylindres. En ligne ou en V, c'est comme vous voulez.

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