La DECHE


Douce France, cher pays de mon enfance…

Si vous tapez « t r e » sur google, je vous jure que c'est Trezeguet qui vient d'abord. Trezegol, son accent argentin, son but en or en finale de l'Euro 2000… Trenet est beaucoup plus loin sur le fameux moteur de recherche. Son swing, sa légèreté, la mer, la Nationale 7, des chansons qui fleurent bon le soleil, les cigales et la joie de vivre, et qui parlent à nos âmes. Je ne sais pas trop pourquoi je le garde sous le coude, mais promis, un jour, j'ouvrirai la mienne au fou chantant. Les années 80 étaient celle de la démesure, celles où tout était permis, pas seulement les excès en tout genre. N'importe quel rêve pouvait devenir réalité, Jean-Pierre François pouvait chanter « Je te survivrai ». Même si certains analystes nous expliquent que c'est ce vent d'enthousiasme et de liberté que nous payons aujourd'hui, il y a trente ans, le groupe Carte de séjour sortait Douce France, reprise arabisante du grand Charles. Les années Mitterrand, la marche des Beurs et Touche pas à mon pote étaient teintés d'angélisme un peu béat, et la gauche caviar a sans doute pensé que quelques slogans la dispenserait d'aborder certains problèmes avec courage et lucidité. Une génération plus tard, alors qu'un autre François est aux manettes, on est bien obligé de se pincer, tant le rêve s'est fait cauchemar. Un cauchemar presque moyenâgeux et obscurantiste, où l'on survit en se réfugiant derrière des murailles les plus hautes et épaisses possible. Autant dire que l'ambiance qui baigne dans l'hexagone au moment où l'Europe du football s'y donne rendez-vous est assez proche de celle d'une réunion de copropriétaires à Moissy-Cramayel. Hormis une baisse de 20 000 demandeurs d'emploi en avril, ce qui fait quand-même 0,28%, le contexte n'est pas des plus guillerets, un peu moins doux que la France de Trenet. Les potes qu'il ne fallait pas toucher se sont laissés pousser la barbe, et plus généralement le désœuvrement de notre jeunesse commence sérieusement à faire les ravages qu'on pouvait redouter. Le dieu canabis a pris le pouvoir dans de nombreux quartiers, imposant sa dure loi à ses adeptes, à ses gourous et même aux autres. Et on sait tous que de sympathiques apprentis artificiers sont aujourd'hui capables de taper dans le tas n'importe où, et que rien ni personne ne pourront les en empêcher. L'épisode plutôt cocasse des nuits debout s'essoufflait un peu, heureusement que Myriam El Khomri a eu la bonne idée de sortir une loi qui fait débat dans les chaumières. Personne n'en a lu une ligne mais tout le monde en parle. Une polémique comme on les aime dans notre pays, celui du meilleur système éducatif, de santé et de solidarité du monde s'il vous plait ! La mort à crédit aurait dit Louis Ferdinand. Une flopée de « yaka, faucon » dans laquelle la lucidité n'a pas étouffé ceux qui s'en sont donné à cœur joie. Yaka taxer les riches, faucon engage plus de fonctionnaires pour résorber le chômage, pourquoi pas quelques stages de rééducation idéologique en Corée du nord ? La folie des hommes ne semble pas avoir de limite, mais il fallait aussi que les éléments s'en mêlent. Pas de séisme ou de tsunami en vue, c'est la mousson qui a frappé loin de chez elle. Des inondations qui ont transformé les routes de Seine et Marne et du Loiret en canaux vénitiens ou brugeois, en moins sympa pour des riverains assez peu amusés par la pratique de la barque. Quand je vous parlais d'un contexte moyennement guilleret ! Alors que tout un peuple aurait pu souffler dans son canap en regardant des mannequins de chez Frank Provost se disputer un ballon, le pessimisme a contaminé le football. Et Deschamps, et les fan-zones, et Benzema, et les pelouses, et Ben Arfa, et le 4/4/3, et Griezmann, et les hooligans, …, j'en oublie surement. Et Ribéry, non là je m'égare. On a absolument tout entendu de la part des dizaines de consultants football qui eux ne connaissent pas le chômage. La voilà la vraie solution pour lutter contre ce fléau ! Tous consultants. En tout cas, j'ai pu entendre autant de conneries à la radio ou à la télé qu'au comptoir du café-tabac de la gare, celle que vous voulez, il y en a un peu partout. Après un premier tour du niveau d'un tournoi de pétanque au camping municipal de Melun, un huitième et un quart de celui d'un tournoi de fléchettes à la maison de retraite de Saint-Thibault les Vignes, il a fallu ressortir les fusils Lebel de la cave pour bouter l'ogre allemand hors de nos frontières. Et là, ceux-là même qui tiraient à boulets rouges sur les bleus se sont mis à nous expliquer pourquoi on avait gagné. Un nid de vipères, un creuset dans lequel mijotent tous les sentiments humains, et pas forcément les plus glorieux. Le foot charrie beaucoup de choses, laissons les sociologues ou autres chroniqueurs débattre du fait qu'elles soient bonnes ou mauvaises. C'est un sport universel qui peut enflammer des peuples africains, sud-américains ou d'ailleurs, tout comme de chez nous. Il faut bien aller chercher dans sa logique propre ce qui en fait son universalité. Le sport est une situation d'affrontement codifiée et institutionnalisée. Beaucoup d'activités humaines peuvent cadrer avec cette définition, mais il est difficile de trouver un sport dans lequel la dimension essentielle soit aussi présente. Le suspens. Personne ne peut prévoir à l'avance le scénario d'un match, et c'est précisément ce qui en fait la magie. On a tous à l'esprit un match de Coupe de France où les amateurs de Noisy le sec ou d'ailleurs jouent à onze derrière avant de taper une équipe pro aux pénaltys. Pas spectaculaire, chiant à regarder malgré un pack de 16 bières, 32 si vous êtes plusieurs. Mais tellement imprévisible. Impossible de voir ça au rugby, au basket, au hand ou au volley. Cet Euro a vu de soi-disant petites équipes damer le pion à des nations plus puissantes et perturber le film de cette compétition, et c'est le seul sport dans lequel c'est possible, comme la SNCF. Il faut bien reconnaitre que Didier Deschamps a su éviter le piège d'une élimination sans gloire face aux Irlandais ou aux Islandais. Avant les demi, à part les fantasmes de 1982 et de 1986 qui sont ressortis, je n'ai pas vu ni entendu grand-monde nous présenter ce match avec le recul nécessaire. Sans entrer dans les considérations tactiques d'un sport pour lequel je ne suis pas légitime, je peux dire que les bleus ont fait un match solide, en y croyant. Je laisse nos hordes de consultants deviser sur le pénalty de la 42e minute, sur l'absence de joueurs cadres de la mannschaft, sur l'agression de Schumacher, Harald pas ce pauvre Michael, sur le temps de récupération,… Je crois qu'il faut un mélange de chance et de culture de la gagne pour se construire un palmarès. De ce point de vue, La Dèche porte assez mal son surnom. Capitaine du FC Nantes à 20 piges, il décroche toutes sortes de titres, avec un euro et une coupe du monde. Comme coach, il donne à l'OM un titre de champion de France attendu depuis presque 20 ans. Il suffit de revoir les images de 98 pour se rendre compte du leader qu'il était sur le terrain, et qu'il a su devenir en dehors. La gagne, il connait. Mais la défaite en finale aussi. 3 finales de ligue des champions perdues comme joueur, une comme coach avec Monaco et celle contre le Portugal. Et on ne peut décemment pas mettre le résultat de cette finale sur le compte de la loose, alors même qu'on avait fait le contraire trois jours plus tôt pour la demi. Certes, un entraîneur fait des choix de joueurs et de systèmes qui ont leur importance, mais certains faits de jeux influent plus qu'on ne pense sur l'histoire. Une tête de Griezmann, un poteau de Dédé Gignac, un coup franc immérité pour une main imaginaire de Koscielny, un plongeon mal maitrisé de Lloris et un but une minute plus tard sur une frappe sèche d'Eder, son 4e en 29 sélections. J'ai même entendu un gars payé pour parler de foot nous dire que si on avait joué contre l'Espagne, on aurait perdu ! Sans objet après l'Allemagne, l'occasion est trop belle pour certains de nous ressortir Karim et Hatem de sous leur parasol… Heu, Franck, toi tu peux rester en vacances, sous le soleil de Bavière. Et si je peux vous dire une chose, c'est bien que depuis dimanche la Super Bock coule à flots dans le café portugais à côté de chez moi !

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