DU LOURD


« Vas-y ma poule » ou « La coréenne s’est fait une petite couleur ». Ce n’est ni du Audiard.

Ni du Frédéric Dard.

Non, c’est du Thierry Rey, San Antonio à Copacabana.

Pas de Bérurier à ses côtés, ni de girl from Ipanema.

Juste Anne-so.

La fille de Pontault-Combault.

Perso, quand je pense vacances d’été, j’imagine plus un petit déj sur une terrasse déjà réchauffée par le soleil, un petit volley sur la plage ou des senteurs exotiques décuplées à la tombée de la nuit. Beaucoup trop jeune pour me rappeler la dernière ligne droite de Colette Besson à Mexico, je dois bien reconnaitre que Guy Drut, Marie-jo Perec et quelques autres sont entrés dans le panthéon estival de nombreux français à travers une petite lucarne toujours prompte à escalader la clôture du camping ou du village de vacances.

Rio 2016, c’est pour moi l’occasion rêvée de passer aux drogues dures et de me bouffer du JO au minimum 12H par jour, en fil rouge de chaque journée, en me relevant la nuit, comme quand je le faisais parfois pour me fumer une petite clope.

Vous l’aurez compris, pas de crique paradisiaque ou de cordillère des Andes au programme, mais du pistolet à 25 mètres rapide, du kayak biplace, du BMX ou du double mixte. D’habitude, il faudrait être sévèrement déprimé ou dans un état avancé pour se coltiner une telle punition. Pourquoi pas un film de BHL, ou une visite guidée du Brie Compte Robert historique tant qu’on y est ? La première semaine, sans athlé, a été celle des grands classiques olympiques comme l’escrime, la natation, l’aviron ou le cyclisme sur piste, avec des fortunes diverses et variées. Et puis il y a eu le judo, et sa dramaturgie bien réglée. Une lente montée vers les poids à trois chiffres, des plus légers aux plus lourds. Chez les femmes comme chez les hommes. Jusque-là, la moisson de breloques est correcte, sans plus, deux d’argent, une de bronze, et quelques désillusions matinales.

Le pas n’est pas tout à fait le même pour nos deux lourds tricolores.

Celui de Teddy Riner est assuré et doit le mener au sommet de ce sport. En cas de victoire, le colosse guadeloupéen deviendrait le judoka le plus titré de tous les temps ! Invaincu depuis 2010, on peut le considérer comme favori, un statut pas toujours facile à assumer. Dès le matin, il marche sur ses adversaires et les broie au kumikata.

Les débuts d’Emilie Andéol sont plus timides, et la jeune femme, médaillée de bronze aux championnats du monde 2014, est très émotive. Quelques larmes ne l’empêchent pas de passer deux fois au golden score, si près du retour bredouille à Champigny sur Marne. Les larmes se sont faites rires, et on imagine que les mots de son coach l’ont aidée à s’offrir le scalp de la chinoise et de la cubaine sur le tatami brésilien.

Teddy et Emilie, le super favori et l’outsider, deux trajectoires si différentes, qui viennent ensemble percer le ciel de Rio.

Dernier jour de compét, derniers combats, deux scénarios opposés, du sport comme on l’aime. Teddy le porte-drapeau, déjà icône du sport français, en route pour devenir le plus grand de tous si il continue dans un premier temps jusqu’en 2020. Intelligent, sûr de lui, travailleur et insatiable, programmé depuis des lustres pour une success story qu’il écrit jour après jour avec de la sueur. La sienne.

Emilie qu’on attendait moins, un judo offensif malgré un côté émotif. L’outsider qui depuis des années attend ce passage de l’ombre à la lumière. Et qui trouve en elle de quoi renverser deux montagnes, elle qui chialait comme une gamine quelques heures plus tôt. Elle qu’on pensait mentalement friable.

Deux manières d’entrer dans la légende, pour laquelle il n’y a pas de petite ou de grande porte. Celle du sport olympique, le vrai, le pur et dur. Et qui n’interdit pas le spectacle.

Il y a souvent plus de monde dans les tribunes des stades de foot que dans celles qui jouxtent les tatamis. C’est culturellement compréhensible, et heureusement que la télévision est là pour relater les exploits de ces combattants hors normes. Comme souvent, le suspense est là qui nous permet de vivre ce type de tournoi avec beaucoup d’émotion. Le filtre de la caméra, même si la réalisation a beaucoup progressé ces dernières années, ne restitue pas à 100% ce que vous pourriez éprouver en assistant à ces combats au bord du tapis.

Quitte à choisir, et malgré quelques moustiques assez peu conviviaux, je pense que comme beaucoup, j’aurais préféré être à Rio pour assister en live à tout ça, le tout agrémenté de quelques notes de bossa nova. Et accessoirement d’un verre ou deux de caipirinha. Pas plus.

Comme de moins en moins de compatriotes, je paye à prix d’or un abonnement mensuel à Canal Plus. J’ai parfois été tenté de résilier ce contrat, à date anniversaire je précise, pour ceux qui seraient tentés de le faire. Mais hier soir, j’ai eu le sentiment de ne pas jeter mon oseille par la fenêtre. En règle générale, j’estime que la star, c’est l’évènement, pas ceux qui sont derrière le micro. Certaines voix restent intimement liées à des souvenirs d’enfance - Allez les petits - mais l’alchimie du commentaire sportif n’est pas facile à trouver.

Comme on l’a vu, l’évènement était forcément de taille, mais l’exploit n’était pas seulement sportif. Thierry Rey et Anne Sophie Mondière ont su donner une valeur ajoutée à quelque chose qui aurait très bien pu se suffire à lui-même. Compétence, pertinence, sens du rythme, complicité, émotion sincère, humour, style personnel, tout y est, n’en rajoutez pas.

La perfection n’existe pas en ce bas-monde. On l’a approchée en cette soirée du 12 aout 2016. Le tout sur le canapé d’une maison bientôt cossue d’une charmante bourgade de l’Est parisien, à quelques encablures de Pontault-Combault. De ces instants magiques qui bâtissent des souvenirs.

Loin du camping de Noirmoutier. Et encore plus de Copacabana.

Bravo à Emilie, Teddy, Thierry et Anne Sophie.

Et merci patron.

Merci Vincent.

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