BOLT TO BE ALIVE


La fin des années 70 a vu la vague Marley déferler sur la planète.

Après les tuniques violettes et les épingles à nourrice, la cour du lycée a dû s’ouvrir aux rastas et aux vestes kaki. Un tsunami vestimentaire et musical qui a tout emporté sur son passage, de quoi reléguer les punks et les babas à un rôle de faire valoir, tout juste bons à partager un petit spliff avant d’aller affronter les coups de craie ravageurs de la prof de math.

Juste après les deux premiers chocs pétroliers, les cheveux raides et longs doivent subir de plein fouet la concurrence déloyale des dreadlocks. Les prémices de la mondialisation. Des jeunes femmes qui ne pleurent pas, une rédemption en chanson, un petit pays des caraïbes devient tout à coup le centre du monde.

Avant Bob, il était aussi difficile placer la Jamaïque sur une mappemonde que Fontenay Trésigny sur un plan de l’Ile de France. Kingston fait son entrée au panthéon des capitales mythiques, sans que quasiment personne à part Bernard Lavillier n’y ait jamais mis les pieds. Mais le plus grave dans tout ça, c’est que depuis ce temps, les ventes de disques de la Compagnie créole ont fortement chuté.

Mis à part Rasta Rockett et un taux de criminalité extraordinairement élevé dans le downtown de Kingstown, ce petit pays de moins de trois millions d’habitants n’avait pas trop fait parler de lui depuis des décennies.guiboles

Le 100 mètres des JO, c’est le mythe par excellence. L’évènement sportif le plus suivi, des milliards de téléspectateurs pour voir, en moins de dix secondes, qui est l’homme le plus rapide du monde. Une spécialité la plupart du temps US, même si le britannique Linford Christie et le canadien Donovan Bailay étaient venus sans complexe confisquer le joujou des ricains en 92 et 96. Une parenthèse entre King Carl et Greene puis Gatlin qui ramènent le graal dans la vitrine de l’oncle Sam.

Et puis Usain décide au milieu des années 2000 de franchir la mer des caraïbes pour trimballer son mètre quatre-vingt-seize et sa foulée de deux mètres quatre-vingt sur tous les stades du monde. Sans être entraîneur d’athlé, chacun aura compris qu’avec la même fréquence que les autres, le jamaïcain allait régner sur le monde avec ses grandes guiboles, comme Bob trente ans plus tôt avec sa guitare.

Un choc incroyable à Pékin, un an après ses premières médailles aux mondiaux d’Osaka. Un choc chronométrique en 9s69 et 19s30, deux records du monde pour deux médailles d’or, le tout en se relâchant dans les dix derniers mètres, ceux où les autres piochent comme dans une tranchée de Verdun. Un choc médiatique avec la pose de l’éclair. Les gamins du monde entier le copient, et ces images deviennent presque aussi célèbres que le Corcovado.

Depuis 2008, Usain Bolt est devenu une icône médiatique, enquillant pubs et sollicitations de toutes sortes. Mais il garde un côté sympa, jamais avare d’un selfie avec un gamin qui l’admire. En presque 10 ans, il devient certainement le sportif le plus connu sur cette terre. Tout ce business autour de lui ne l’empêche pas de rester le boss sur la piste.

Il truste les titres mondiaux sur le sprint, mais ce 15 aout 2016, à 3H00 du mat heure française, il peut entrer dans la légende. Une décontraction qui serait qualifiée d’agaçante pour tout autre que lui, des pas de danse, un signe de croix, un doigt levé, un clin d’œil, …, tout ça avant la course ! Et puis le coup de pistolet, Gatlin le multirécidiviste jaillit de ses starts devant le jamaïcain. Mais dès la mi-course, chacun comprend que la vitesse d'Usain se dégradera moins que celle des autres.

Le triplé est historique, Carl Lewis himself avait bloqué son compteur à deux unités. Qu’en sera-t-il si Bolt fait la même au 200 ? Certes le chrono descend plus péniblement sous les dix secondes, mais rester l’être humain le plus rapide sur trois JO est un exploit auquel il nous aura été donné d’assister, malgré des paupières lourdes à cette heure de la nuit.

Pas d’arnaque, Usain a répondu présent, au-delà de son cinoche d’avant et d’après course. Et qui chez lui semble presque naturel, même pas agaçant. Moins en tout cas que tous ces toquards qui prennent la pose de l’éclair chaque fois qu’ils marquent un point au tournoi de pingpong du camping de La Tranche sur Mer. Ou qu’ils battent leur femme à la pétanque, ce qui est mieux que de le faire tout court.

On ne compte plus le nombre de mômes qui la prennent dans la cour de récré, quand ils viennent de gagner le moindre jeu, même le plus idiot. Mieux que de se rouler un petit quelque chose pour être sûr de rigoler en espagnol, malgré une prof aussi marrante qu’un discours de Manuel Vals un 14 novembre.

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