La loi Murray


Le printemps 2016 n’a pas connu l’élan de son cousin de 68. Pas de grand frisson.

Et pourtant, tous les gardiens du temple tricolore se sont courageusement mis en travers de la loi dite El Khomri. Un acte de résistance populaire comme on n’en avait pas vu depuis longtemps dans notre grande démocratie.

Qui nous renvoie à certains actes de bravoure aujourd’hui entrés dans l’histoire des peuples opprimés. Les chars de l’armée rouge qui écrasent la rébellion hongroise en 56. Ceux de la place Tian’anmen, 33 ans plus tard, brièvement arrêtés par un homme qui se dresse sur leur route.

Héroïque

Symbolique

Historique

L’hexagone aura eu le sien. Grandiose. Tout ce que le peuple compte d’opprimés se soulève contre un projet de loi dont il n’a pas lu une ligne, au nom de la défense d’acquis sociaux farouchement arrachés à des patrons qui pour une fois avaient dû retarder leur golf. Ou pire, annuler leur weekend à Courchevel.

J’ai eu le privilège d’assister à la révolte magnifique du sous prolétariat d’une grande ville de l’est parisien, pour la plupart des employés municipaux honteusement exploités. Une exploitation de l’homme par le richissime fonctionnaire de catégorie A, 32 heures par semaine, avec jours de grève payés par la municipalité ! De pauvres bougres au bout du rouleau, et qui refusent fièrement, et gratuitement, de travailler dans des conditions qui auraient effrayé Zola lui-même.

Pas de chars russes ou chinois devant lesquels s’allonger, mais ne pas se soumettre à la loi impitoyable du marché. Ni à celle de Myriam, dangereux suppôt de la mondialisation, ou du grand Satan impérialiste. Du coup des dizaines de milliers de manifestants arpenteront le pavé, de Paris ou d’ailleurs, pour la défense d’un modèle social que le peuple se paye à crédit.

Mon propos n’est pas de me moquer d’une injustice sociale qui met à mal la République et sa célèbre devise. Non. Juste de dire qu’on est tous le privilégié de quelqu’un, en particulier quand certains acquis nous feraient presque rire, si on ne devait pas aller bosser à 65 piges.

J’ai du mal à voir dans mon partenaire de tennis, retraité de la RATP, un vieillard de 55 ans usé par une dure vie de labeur. Vous devriez le voir cavaler comme un lapin aux quatre coins du court pour vous rendre compte que le gars est plus en cannes que bien des jeunes hommes. J’en sais quelque chose, moi qui dois le subir chaque semaine.

Et encore, ma pudeur légendaire m’interdit d’évoquer sa pension, miraculeusement calculée sur la base de ses 6 derniers mois d’activité.

Pas mal de citoyens éminemment respectables estiment que ceux qui défendent avec force ces petits détails font œuvre utile, en particulier quand ils réclament avec dignité un alignement par le haut.

Perso ça voudrait dire que la retraite est pour bientôt. A moi la robe de chambre, les cannes à pêche et les parties de belotte. Et les siestes crapuleuses, à conditions d’aimer les retraitées… N’ayant pas eu le loisir de me plonger dans les programmes de Jean-Luc et de Marine, je suis bien incapable de savoir si je voterai pour l’un des deux, ou pour tout autre candidat qui défendrait cette belle mesure. Pour le SMIC à 5000 € et les 25H par semaine, on attendra une reprise de la croissance qui ne devrait plus tarder.

Mais comment de si ardents défenseurs de la justice sociale, si prompts à dégainer au moindre dérapage, ont bien pu laisser passer ce qui s’est passé la semaine dernière à l’AccorHotels Arena de Paris Bercy. A l’ancienne, le POPB. Et oui, pauvre lecteur certainement dérouté parce qu’il vient de lire, il s’agit bien d’une chronique sportive.

Imaginez-vous, pour les rares qui ne seraient ni chômeurs, ni jeunes retraités, arriver le matin au boulot, avec votre patron qui vous accueille en vous insultant comme un moins que rien.

b

- Putain mais tu vas m’applaudir quand tu arrives au taf !

Ou alors.

- Bien vu ton dernier rapport, c’est vraiment de la merde.

On n’est même pas dans le harcèlement, la promotion canapé ou la volonté d’humilier. Ces petites choses qui au final égayent une vie professionnelle qui sans ça serait bien morose. On est dans la soumission absolue d’un employé à celui qui le paye. Plus fort que le culte de la personnalité si cher à tant de sympathiques dictateurs. Pas de geôle torride où croupir pour ceux qui ne feraient pas don de leur personne, juste un aller simple pour pôle – emploi. On ne parle pas des juges de lignes, des ramasseurs de balle ou de tout le petit personnel sans qui un Master 1000 ne pourrait pas exister.

Non. On parle de celui qui a mis fin aux 122 semaines de règne de Djoko, le chevalier anti-gluten. De celui qui est le premier britannique, 26e numéro un mondial de l’histoire. Un écossais têtu, pléonasme, accrocheur et un peu gueulard. Jusqu’ici, le portrait pourrait ressembler à celui de John Mac Enroe, un de ses glorieux prédécesseurs. Enfant terrible, enfant gâté du tennis, dont on avait autant envie d’admirer la classe incroyable, que de lui botter le cul tellement il le méritait.

Mais là, mes amis passionnés de petite balle jaune, blanche à l’époque, je crois bien qu’on vient d’assister à l’avènement d’un énergumène qui a trouvé un truc imparable pour y parvenir. Un Machiavel d’opérette. Insulter, non pas l’arbitre ou l’adversaire, mais ses proches, son équipe, celle qui travaille avec lui. Pour lui. Payée par lui. Et pas une fois dans le match. A chaque point perdu, ce qui arrive malgré tout assez souvent. Je ne suis pas fan de son jeu, mais respecte infiniment ses qualités mentales hors normes, celle d’un gars qui ne lâche jamais.

Mais là, je trouve qu’on a sombré dans le grand n’importe quoi. L’écossais a surement trouvé une recette lui permettant de rester surexcité, condition nécessaire à ses performances. Mais le remède est pire que le mal. Andy ne pourra pas durer dans ces conditions. Et que dire de l’amoralité de son attitude vis-à-vis d’êtres humains qui sont ses employés ! On a beaucoup critiqué d’autres sportifs qui ne cavalent pas toujours assez, préfèrent rester assis dans un bus plutôt que de s’entrainer ou refusent de pousser la chansonnette avant de jouer à la baballe.

Mais là, Andy, tu déconnes à plein tube. Permets-moi juste de te le dire, car malgré un talent certain, j’aurais un peu de mal à le faire raquette en main.

Vivement que Roger le fasse.

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