La pédagogie du projet

J’aimerais tant rassurer mes parents et pouvoir leur dire que ce soir je ferai quelques infidélités au Mondial pour choisir mon futur champion, le candidat pour lequel je voterai dans quelques semaines.

Je n’irai pas au bout de ce séduisant Pologne / Norvège, parce que je vais plutôt regarder Manu, Ben, Nono et les autres s’étriper. Comme je l’ai fait pour François, Alain, Nico et leurs concurrents l’année dernière.

Mes chers Parents je vole.

Je ne m’enfuis pas je vole.

Mais ne m’en voulez pas, je ne suis pas sûr qu’un des joyeux duettistes de la primaire de Gauche me pousse à lui donner mon bulletin Ce n’est pas une chronique politique, mais ce soir, j’aurai bien du mal à vous parler de matchs que je ne verrais pas.

Je ne sais pas si l’enfance du petit Claude Onesta a été dure à vivre, ou s’il a puisé dans les difficultés de la vie la force de devenir le sélectionneur qu’il a pu être. A-t-il été en prison, en pension ou privé de liberté ?

C’est dans la convivialité des camps de concentration que Célestin Freinet a eu le loisir de construire les bases de sa fameuse pédagogie. Une pédagogie active, dans laquelle le Maitre s’efface devant l’initiative de l’élève.

Quelques décennies plus tard, le sélectionneur de l’équipe de France va tordre le cou à ce qui se faisait jusque-là et responsabiliser des joueurs qui deviennent partie prenante dans le projet de l’équipe. C’est selon lui le meilleur moyen d’obtenir l’investissement optimal de ses troupes. Il confie les clés de la boutique aux leaders dans certains domaines, et finit après quatre années de disette par tirer le maximum d’une génération extraordinaire.

Il ne tombe pas dans le même piège que les suédois de la fin du siècle dernier, et réussit à durer, à trouver l’équilibre entre permanence et renouvellement. Par volonté, par obligation ? Là n’est pas le problème, et les Experts finissent par crouler sous le poids de tant de breloques.

L’homme est forcément intelligent mais on ne sait pas s’il a fini par devenir la victime de ce qu’il a lui-même instituée. Personne ne comprenait vraiment, ou ne voyait l’intérêt de ce qui se passait sur le banc des bleus depuis le titre au Qatar. Didier qui s’exprime, Puis Niko, avant que Claude ne donne son avis.

Chacun a pu comprendre qu’on était allé au bout de cette aventure, et la prise de recul d’Onesta en a été la suite logique. Ou la mise au placard, il faudrait demander à Joël ou à Philippe ce qu’ils en pensent.

Pragmatisme poussé à son paroxysme ?

Victime d’un système qu’il a lui-même mis en place et qui finit par le dévorer ?

Son interview après France / Brésil est digne de ce qu’on pourrait entendre pendant la présidentielle. Il nous annonce prendre du recul car c’est le meilleur moyen pour que les entraineurs s’investissent dans leur projet. Mais nous annonce qu’on ne veut plus trop de lui, à tel point qu’on le relègue à des encablures du terrain…

Lucidité.

Autodérision.

Revendication.

Personne ne sait trop sur quel pied danser, mais quelque chose nous dit que Didier et Guillaume feraient bien de décrocher une petite breloque.

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