C'EST PAS MOI, C'EST LUI!


Ça fait un petit moment maintenant que je n’ai pas mis les pieds dans la cour d’une école primaire.

Tout d’abord je tiens à rassurer ma famille, ainsi que mon nombreux lectorat, je ne suis pas spécialement attiré par le fait d’aller y jeter un œil de temps en temps.

D’autre part, il me faut être honnête sur mon âge, qui est plus celui de mes artères que ce que mon corps de jeune homme ne laisse à penser. En gros ça fera bientôt 50 piges que je n’y ai pas mis les pieds, si on laisse de côté quelques come-backs il y a deux décennies, quand il me fallait bien quitter ce bistrot dans lequel j’étais si bien pour aller chercher mes enfants.

Si dans nos fantasmes les plus sombres on peut imaginer les garnements d’aujourd’hui jouer à la Syrie ou à la Bac et aux dealers, quelque chose me dit que certains jeux ont la vie dure. De la marelle aux billes, en passant par 1,2,3, soleil ou l’élastique, à ne pas confondre avec le foulard qui lui est un jeu beaucoup moins marrant.

Je peux même voir parfois, en passant par hasard et sans imper le long des grilles de certaines écoles, que le ballon est fort heureusement un accessoire plus répandu que la kalach en plastique.

Du coup, chaque époque a les supers héros qu’elle mérite.

- D’abord, Zorro il est plus fort que Tarzan, parce qu’il a une épée.

- C’est même pas vrai, Tarzan il a un gros coutelas en ivoire.

- Mais non, ça c’est Rahan connard !

Ça c’était à la préhistoire, celle du fils des âges farouches.

Plus tard, ça pouvait donner un truc du genre :

- Moi, mon père c’est Spider Man.

- Et ben moi, c’est Iron Man, et il est plus fort que le tien.

- Et pis d’abord, la Chose il est plus costaud que lui.

- Pfff, Hulk il les bat tous !

- Oui mais c’est un méchant.

- C’est même pas vrai !

Et bim et bam, l’instit, pardon, la prof des écoles, doit séparer ce petit monde qui se bagarre.

Mais revenons à nos ballons, les héros d’aujourd’hui sont gominés, tatoués, percés avec une crête, et contrairement à Peter Parker, ils ne sont pas obligés de faire des petits boulots pour mettre un peu de beurre dans les grains de Sévruga.

Retour dans cette école, qui par exemple et au hasard, pourrait être l’école Jules Ferry d’une ville du Nord de la Seine et Marne, aux confins de la morne Brie.

C’est la récré, et ici, on joue au foot, seule voie possible pour se sortir de la filière betteravière, la seule à offrir encore un peu de taf à cette population déshéritée.

Il n’y a pas d’arbitre, mais tout le monde assiste à cette agression incontestable dans la zone qui fait office de surface.

Le verdict est net et sans appel :

PENALTY !

Le pauvre élève de CM1 qui, honteusement fauché, était à l’article de la mort, s’est vite relevé et s’apprête à se faire justice en tirant ce coup de pied de réparation.

Mais S., le caïd de service, en CM2, 1m80 et des biceps plein les manches, en a décidé autrement. Il arrache le ballon des mains de son pauvre coéquipier, et c’est lui qui se chargera d’exécuter la sentence, sans une once de remord dans le regard.

Cette scène d’une cruauté difficile à supporter n’empêchera pas ces petites canailles d’avaler d’un coup leur cordon bleu deux heures plus tard à la cantine, sauf ceux qui auront été impunément rackettés par S. qui a toujours bon appétit, sauf quand il y a des choux de Bruxelles.

Cette histoire assez banale pourrait prendre une dimension romanesque si on donnait un petit nom à ces deux protagonistes.

Que diriez-vous de Cavani et Neymar ?

Et poussons le vice à changer de lieu, et à déménager dans le XVIe, au Parc des Princes par exemple.

L’histoire est la même, d’une banalité affligeante, et portant elle fait les gros titres de tous les journaux, émissions et réseaux sociaux depuis le PSG- OL de ce weekend !

Tout ça parce que deux adultes multimillionnaires se sont chamaillés pour savoir qui allait taper dans la balle…

Mais le pompon dans cette histoire si sérieuse, c’est que contrairement à ce qui s’est passé à l’école Jules Ferry, le dirlo a décidé de courageusement prendre les choses en main, et de tout faire pour calmer le jeu, avant que la cour de récré ne se transforme en jungle urbaine.

Une leçon de morale ?

Un coup de pied aux fesses ?

Un sachet de bonbons ?

Et non, vous n’y êtes pas du tout les amis.

Une petite prime, il n’y a que ça de vrai. Et quand on connait les salaires des deux sud-américains, on ne peut pas parler d’un chiffre à moins de six 0 !

Et pas en francs CFA.

Mais le plus drôle, dans tout ça, c’est que cette prime à peine symbolique ne serait versée qu’à celui des deux qui ne serait pas meilleur buteur du championnat.

Une bonne leçon à tirer pour tous ces pédagogues qui sont devenus impuissants à régler les problèmes de l’Ecole. Pourquoi perdre son temps à vouloir changer les méthodes, les programmes et le nombre d’enseignants dans les zones sensibles, quand il suffirait de distribuer une bonne liasse aux élèves, en veillant si possible, à ce que les meilleurs n’en touchent pas un Kopeck !

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