HIBERNATUS


Ses nausées cessèrent rapidement, contrairement à son mal de tête qui continua une bonne partie de la nuit. Comme chaque soir, une fois la vaisselle faite, Kishor et Galzen méditaient devant un feu qu’ils entretenaient, contrairement à la veille où ils l’avaient laissé s’éteindre. Si la température restait caniculaire au soleil, il faisait froid la nuit tombée.

Bientôt, il y aurait une différence de vingt à trente degrés en quelques mètres, selon que l’on soit à l’ombre ou pas !

Le guide sortit un cachet d’aspirine d’une petite boite, qu’il lui servit avec un verre d’eau. Il demanda à Isabelle de garder un œil sur Gilbert et de venir le prévenir en cas de symptôme inquiétant.

Sans un mot, ils se glissèrent dans leur tente, mais le jeune homme ne put trouver de position qui calmait vraiment sa migraine. Ils se retrouvèrent face à face, recroquevillés sur le côté. Elle put lui faire des papouilles sur la tempe qui lui firent un bien fou pendant quelques dizaines de secondes. Une minute ou deux de pur bonheur durant lesquelles il put ressentir physiquement la bienveillance de la jeune femme, comme un môme rassuré par le câlin de sa mère.

Les caresses se firent plus douces, lentes et rares…Elles cessèrent quelques secondes, reprirent, ainsi de suite plusieurs fois avant de s’arrêter définitivement. Il sentit son souffle qui progressivement fut celui de qui venait de s’endormir.

Après s’être senti tant choyé, il se retrouva seul avec ce gong qui reprit de plus belle son concert infernal. Celle qui maintenant roupillait comme un gros bébé aurait bien du mal à le secourir en cas de coup dur, qu’il soit pulmonaire ou cérébral.

Quant à lui, c’est bien plus tard qu’il put enfin trouver le sommeil. Pas de quoi changer le cours des choses. Immuable, sans pitié, Galzen vint secouer la tente à 5H30 pour les réveiller.

Visiblement il n’avait plus mal, mais son crâne semblait peser des tonnes. Il avait beau le vouloir, il lui était impossible de sortir du fuel dans lequel il baignait. Isabelle avait bondi comme une biche d’un taillis de son sac de couchage. D’un coup, sans aucune pudeur, elle enleva son sweat pour changer de tee-shirt. Son buste parfait était de nature à décorner un yak tellement cette fille était harmonieuse. Malgré ce souffle de sensualité torride, il ne put qu’entrouvrir des yeux qui auraient dû au moins s’écarquiller.

Une fois prête, elle se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes, juste un bisou délicat.

- Allez debout feignasse, on n’a pas que ça à faire !

- Mais quand-est-ce que je dors dans ce pays ?

- Quelle chochotte.

- J’aurais pu y rester ma petite dame.

- Mais non, je t’aurais sauvé la vie…

Cette fille était étonnante, et chercher à savoir ce qu’elle avait dans la caboche aurait été un exercice anxiogène. C’était un geste léger, juste fait parce qu’elle en avait envie.

Loin de le plonger dans les affres du doute, ça le mit en joie, de quoi s’extirper lui-aussi de son duvet, avec il est vrai infiniment moins de grâce qu’elle.

Une petite heure plus tard, ils étaient en route pour Kyanjin Gompa, à quelques encablures de la frontière tibétaine, dernier village avant l’ascension du pic Yala. Leur guide était devant, son assistant finissait de plier le camp avant de le lever. Comme chaque jour, ils le verraient passer devant eux comme une fleur, avec 20 kg sur le dos et des pompes plus proches de l’espadrille que de la chaussure de montagne.

Le chemin était devenu plus large et moins escarpé, il leur fallut à peine trois heures pour rallier l’étape, à 3700 m d’altitude. Visiblement, aucun des deux ne souffrait du Mam, la migraine de Gibert n’étant plus qu’un mauvais souvenir. Les sommets enneigés avaient beau se succéder, la vue restait d’une majesté à vous couper le souffle, ce qui normalement n’était pas trop dans ses cordes.

Une fois avalé un déjeuner dont la composition fut sans grande surprise, ils zappèrent la sieste pour monter au monastère bouddhiste, situé tout en haut du village.

L’extérieur était plus que dépouillé, presque des ruines perdues au milieu d’un monde hostile et granitique. Le contraste avec les couleurs chatoyantes, la richesse de l’autel et de la déco était saisissant.

En redescendant, ils s’arrêtèrent dans une fromagerie aussi singulière qu’odorante. Le lait de yak coulait à flot dans la région, et des fromages de toute nature s’étalaient sur d’épaisses planches, bien à l’abri et au frais dans cette solide bâtisse de pierre.

Il n’y avait pas de berger ou de fromagère, rien ni personne pour leur signaler si ces produits du terroir étaient à vendre.

En sortant, ils se posèrent sur un banc de pierre qui faisait face à toutes ces montagnes aux sommets enneigés.

- Galzen m’a dit qu’à gauche, avec le grand glacier c’était le Langtang Lirung.

- Trop beau.

- Juste au-dessus de nous, il y a le Tserko Ri et le Kyanjin Ri.

- Oui, j’ai cru comprendre qu’on s’en fera un des deux demain ?

- Et oui, notre dernier entrainement avant le Yala.

- C’est celui-là, juste à droite.

- Oui, je crois.

Cette fois, c’est lui qui posa sa bouche contre la sienne.

Un baiser qui n’eut pas le loisir de déraper, Isabelle bondissait déjà de pierre en pierre pour rejoindre le campement.

- Premier arrivé ?

Seul un bouquetin en rut aurait pu la suivre.

Il se contenta de marcher aussi vite qu’il le put.

Quand il la rattrapa, le feu était allumé, et le thé chauffait déjà.

- T’as perdu !

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