LE 11 NOVEMBRE


Lazare Ponticelli…

En 2008, le dernier poilu français s’en est allé rejoindre ses trop nombreux camarades de tranchée au paradis des anciens combattants de la Grande Guerre.

Chaque 11 novembre, nos chères élites rivalisent d’imagination pour redorer le blason d’une Nation qui a de plus en plus de mal à se rassembler derrière son identité historique.

Le sport en vogue, c’est d’aller se recueillir sur la tombe du Général.

A la fin du siècle dernier, Chaban-Delmas, Michel Debré ou Olivier Guichard devaient se sentir un peu seuls avec leurs déambulateurs au cimetière de Colombey-les-Deux-Eglises.

Deux décennies plus tard, comme pour Lourdes ou La Mecque, un tour-opérateur devrait sérieusement songer à organiser un pèlerinage dans cette charmante bourgade de Haute Marne.

D’Anne Hidalgo à Florian Philippot, des patriotes de tous bords sont discrètement venus déposer leur petit bouquet, sans qu’on ne puisse les soupçonner de la moindre visée électoraliste. Et ce n’est surement pas de leur faute si le correspondant local de la « Haute Marne libérée » a invité ses potes journalistes à la télé et quelques caméramans pour un petit barbecue dans le parking du cimetière.

Mais pour les cœurs de pierre qui resteraient insensibles à la portée symbolique et désintéressée de ce petit geste, la plus sportive de nos ministres a enfin repris le cours de son action politique après la belle victoire de Paris 2024.

Si certaines mauvaises langues pourraient dire qu’on l’avait assez peu entendu commenter la baisse de 7% du budget de son ministère, la Guêpe a retrouvé sa verve en nous proposant de « se réapproprier notre fibre citoyenne ».

Une envolée Gaullienne, un élan de patriotisme qui suggère que la « Marseillaise » soit jouée en ouverture de toutes les épreuves inscrites dans le cadre de championnats de France. Et pour que la fête soit totale, elle demande aux fédérations de faire apprendre l’hymne aux plus jeunes sportifs, afin qu’ils soient à même de l’entonner dès leur première compétition.

Une aubaine pour les profs de chant qui trouvent de moins en moins de taf dans les conservatoires municipaux. Et que dire des familles dont la machine à laver tomberait en panne. Pas de problème, on ne salit pas son maillot de rugby quand on reste à chanter, bien au chaud dans le club house, ou dans un algeco, si on pratique ce sport en Seine Saint Denis.

Il est rassurant de voir qu’en haut lieu, on a bien saisi l’étendue du manque de perspective de la jeunesse française.

Aux armes citoyens

Formez vos bataillons

Marchons

Marchons

Une véritable armée républicaine va bientôt se lever et pousser la chansonnette pour combattre le chômage, la radicalisation et le dieu cannabis. D’ailleurs, Michel Sardou, qu’on peut difficilement taxer de gauchiste chantait déjà en 1978 :

Quelles que soient nos opinions

On fait sa révolution

En chanson

Devant tant de lyrisme, on se demande d’ailleurs ce qu’attendent les collègues de gouvernement de Laura Flessel pour eux-aussi réagir, et nous donner des consignes aussi réalistes et utiles que celles de notre championne olympique.

Une petite marseillaise à chaque fois qu’une sage-femme met un bébé au monde, ou qu’un chirurgien opère une prostate.

A chaque contrôle fiscal.

A chaque visite à Pôle Emploi.

A chaque contrôle technique.

A chaque fois que vous allez aux toilettes…

En cette année 2017, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire pour participer aux commémorations de l’armistice.

En ce morne samedi de novembre, je me suis dit que de goûter au chaud soleil de Marrakech était finalement une idée pas si ridicule que ça.

Aussitôt pensé, aussitôt fait.

Après une matinée dédiée aux vicissitudes ménagères de la vie quotidienne, j’ai rapidement sauté dans mon short à fleurs après une bonne douche.

Il m’a fallu descendre un long escalier pour rejoindre mon canapé, duquel j’ai pu chercher mon numéro de chaîne.

136.

A midi, j’étais déjà au Maroc, pour assister aux championnats du monde toutes catégories de judo.

C’est une compétition singulière qui permet à des combattants de tous poids de voir qui est le plus fort du monde. Un peu comme dans Opération Dragon, un film de Bruce Lee où un tournoi d’arts martiaux est organisé sur une île par un despote mégalo.

Accessoirement, c’était l’occasion historique pour Teddy Riner d’accrocher une dixième breloque dorée autour de son cou de taureau.

La decima…

12H00 : 1er tour

Mise en jambe contre le Khirghize pour une victoire au golden score.

12H50 : 2e tour

Le géorgien Tushisvili qui l’avait bien chatouillé à Budapest aux derniers mondiaux mange deux wasa ari pour son déjeuner.

14H30 :

Le néerlandais Meyer bat le grec Illiadis. Juste après l’annonce de l’arbitre il prend le bras de son adversaire et le lève, témoignant d’un respect profond pour celui qui est une légende de ce sport.

14H35 : 3e tour

Ippon pour le tunisien Jaballah.

15H15 : quart de finale

Ippon pour le mongol Battulga.

17H45 : demi-finale

Golden score contre le cubain Granda.

18H10

Deux wasa ari pour le belge Nikiforov.

La DECIMA

Un palmarès aussi colossal que les 142 kg du guadeloupéen !

Teddy devient un monument du sport français.

Un Arc de Triomphe.

Quelques bisous à sa famille.

Et puis une Marseillaise qui fait du bien, un bel hommage à ce soldat inconnu qui combattait dans des conditions plus boueuses et moins ensoleillées qu’à Marrakech…

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