ET 1, ET 2 ET 3 ZERO


Un dimanche après-midi chez Mémé Nanette, dans un pavillon de Vitry sur Seine. Une salle à manger au mobilier pas si dépouillé que ça, une mission pour qui voudrait se lever de table et par exemple, aller aux toilettes.

Le bœuf aux carottes est déjà un souvenir sensuel et merveilleux, le service en porcelaine bleu est de sortie pour un petit café. Avec les petites cuillers en argent et le sucrier, duquel on tente d’extraire les morceaux blancs avec une pince à trois griffes.

Les enfants ont le droit à un petit canard dans le café, les grands à un petit coup de digeo.

C’était peut-être le samedi d’ailleurs…

L’oncle du sud-ouest a rejoint la joyeuse troupe pour le café, à moins que ça ne soit pour le cognac. Les enfants ne voient pas ces choses-là. Un grand gaillard, le nez bien gascon, avec sa voix de stentor anisé.

« Quel con ce Cantoni ! »

Roger Couderc et Bala le landais, berçaient ces matchs du Tournoi, qui à cette époque n’était que des 5 nations. Depuis, l’Italie a été invitée au bal. Non pas pour dépoussiérer un vieux Monsieur, pour l’européaniser. Non, c’est juste pour que nous puissions de temps en temps gagner un match.

Serge Blanco qui marque un essai anthologique contre les australiens en 87.

Le pauvre Abdel Benazzi qui vient mourir à 15 cm de l’en-but contre les Boks, en 95.

La victoire invraisemblable de 99, contre les Blacks de Jonah Lomu.

A chaque fois en demi-finale de coupe du monde, et malgré la sortie de Roger sur blessure assez grave, remplacé par le rochelais Pierre Salviac. Sans parler de l’inattendue finale de 2011.

Autant dire que ce sport a vraiment une place à part dans notre imaginaire populaire.

Quelques années après, Pierrot est reparti cultiver ses quelques arpents de pineau des Charentes.

A part une coupe Davis de temps en temps, une coupe du Monde il y a bientôt 20 ans, La France ne gagne plus grand-chose. Pas un seul grand prix de F1, ni de grand chelem de tennis à se mettre sous la dent, encore moins de Tour.

Heureusement qu’il y a l’équipe de France de hand et Teddy Riner, qui eux créeront la surprise quand ils perdront.

Mais après tout qu’importe, la vraie victoire, de nos jours, n’est pas sur le stade mais en dehors. Gagner une médaille ou un titre est une chose, se voir attribuer l’organisation d’un évènement majeur en est une autre.

Les leçons des trois échecs cuisants de 1992, 2008 et 2012 ont permis à Anne et Tony, accessoirement inspectrice du travail et pagayeur en eau-vive, de fourbir leurs armes pour décrocher le Jackpot de Paris 2024, cent ans après les précédents.

Une victoire éclatante, somptueusement fêtée comme il se doit, et généreusement rémunérée pour ceux qui passeront tranquillement d’un comité à l’autre, de candidature à organisation.

Plus lucratif qu’un titre comme simple athlète, sauf si votre sport est de taper dans la balle avec vos pieds, une raquette ou un club.

Après les mondiaux de foot 98, de hand 2001 et 2017, avec à chaque fois une Marseillaise au bout du tunnel. Comme une lumière blanche. Comme pour l’athlé en 2003 où l’Hexagone termine troisième au bilan des médailles.

Il y a aussi le rugby en 2007, mais sans médaille d’or à la clé. Ni de tout autre métal d’ailleurs, la faute à des anglais qui décidément nous font payer très cher leur aide symbolique de la deuxième guerre mondiale.

Mais les affaires reprennent, et pour ce match pitoyable contre les sud-africains, les bleus arboraient fièrement un France 2023 sur leur maillot.

Ça va, vous me direz, il nous reste 5 ans pour nous préparer.

Le rugby n’est plus vraiment ce qu’il était au siècle dernier, les joueurs ont des biceps démesurés, et d’autres signes qui attestent d’une préparation physique de plus en plus pointue, médicalisée et intègre.

Le poids des packs a pris plus d’une tonne en 30 ans.

Jack Cantoni, l’arrière du grand Bézier pesait 75 kilos pour 1m75.

A peine moins que Gabriel Lacroix, l’ailier français qui a claqué deux essais contre les babys Blacks.

« Comme quoi on peut peser 80 kg et jouer au rugby ». Cette phrase a été répétée deux fois par Dimiti Yachvili au micro de Bein…

La mêlée kenyane ou Ethiopienne peut garder le moral, elle devrait rapidement faire des ravages à la prochaine coupe du Monde.

Comme souvent en pareil cas, il est difficile pour qui est sensé vendre le produit au grand public, de lui expliquer que certaines choses sont étranges. Par exemple quand un joueur a pris 17 kg depuis le début de sa carrière. Ça me rappelle un peu quand Armstrong, pas l’astronaute, mais le grand spécialiste des prologues, s’est subitement mis à grimper les cols comme un cabri.

Et que dire de la bataille des rucks, qui voit systématiquement des frelons dépassant largement le quintal venir s’emplâtrer tête en avant dans des amas humains.

Mais finalement, on se fiche un peu du résultat des deux premiers tests de cette tournée d’automne.

On a la coupe du Monde 2023.

Et il y a une stat dans laquelle il n’y a pas de match.

Celle des commotions cérébrales !

3 à zéro pour nous si on cumule les blacks et les boks.

Une victoire nette et sans bavure et qui n’engendre pas trop de réflexions en direct pour ceux qui étaient derrière le micro de ces deux rencontres.

Et là on imagine l’influence catastrophique sur le nombre de jeunes licenciés d’un commentateur mal intentionné :

« Et c’est une 7e commotion, contre seulement 2 pour les écossais ! Difficile, voire impossible d’égaliser d’ici la fin du match. On tient notre victoire ».

Un bon axe de travail pour espérer briller en 2023.

Fini le protocole commotion de grand-papa.

Des scanners, une unité de neurochirurgie, des prêtres, des rabbins et des imams, tout ce petit monde devrait mettre un peu d’animation autour du terrain.

Sans oublier une armada de conseillers PFG, autant pour l’aspect pratique que pour la note souriante que véhicule cette entreprise.

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