GARDIEN DU TEMPLE


S’il est un sport dans lequel l’importance du gardien de but est essentielle, c’est bien le hand.

Je vais même jusqu’à prétendre que la performance de celui ou celle qui ne porte pas le même costume que les autres, est bien souvent la seule explication rationnelle au résultat d’un match. Et ce n’est pas Titi Omeyer, s’il me fait l’honneur de me lire, qui me contredira. Inutile d’évoquer un match de district UNSS où les pauvres élèves du collège Victor Hugo ne marqueront qu’un but au gardien du collège Jules Ferry, lequel joue en club.

Combien de matchs, jusqu’au plus haut niveau, se jouent dans ce secteur ?

C’est même incroyable de se dire que des joueurs professionnels, s’entrainant tous les jours, sont à ce point capables de perdre tous leurs moyens au moment de jouer un duel si important dans ce sport !

C’est précisément une des grandes spécificités du hand, avec la dimension psychologique et émotionnelle qui prévaut au moment de devoir lancer la baballe au fond des filets.

Certains anciens évoquent avec la larme à l’œil, le sentiment d’invincibilité qui émanait de l’anglais Gordon Banks ou du russe Lev Yachine deux gardiens de foot légendaires. A moins que ça ne soit le traitement pour leur prostate qui les perturbe un peu.

Personnellement, et ce malgré un organe qui semble moins fringant qu’il y a quelques années, je n’ai jamais vu jouer ces deux monstres sacrés.

J’ai eu l’honneur d’assister à des matchs, voire d’en jouer certains, dans lesquels Mémé, le regretté Philippe Médart torturait les tireurs adverses.

Même chose pour Mirko Basic, immense portier de l’ex Yougoslavie.

On parle là de gardiens exceptionnels qui mettaient leur grappin sur un match, et faisaient pleurer ceux qui avaient l’impudence d’oser leur mettre un ptit but.

Des bourreaux, des tortionnaires en face de qui celui qui se présentait vivait l’enfer, en particulier dans les moments clés d’un match.

Un après-midi de juin du milieu des années 80, j’ai assisté à la finale d’un Championnat du monde universitaire entre la Roumanie et l’URSS. Une compétition dans laquelle, comme d’hab à cette époque, nous n’avions fait, petits français, qu’un petit tout et puis s’en vont.

Tous les joueurs de ces deux pays dits de l’Est étaient des stars mondiales, étudiants pour certains de huitième cycle. Et visiblement pour la plupart en pharmacie, deux fois plus grands, musclés et rapides que nous l’étions. Et sans la télé, en ces temps immémoriaux, pour voir ces titans régulièrement.

Les soviétiques en particulier, étaient avec la Yougoslavie la meilleure équipe du monde. Une armada invraisemblable qui détruisait tous ces adversaires.

Mais ce jour- là, un homme va décider à lui tout seul que cette armada ne serait pas invincible.

Il s’agit d’Alexandru Buligan, le gardien Roumain.

Dans ce match, il se montre infranchissable, interdisant l’accès de sa cage à des buteurs patentés dont il grignote progressivement un cerveau généralement assez peu en proie au doute.

Je n’avais jamais vu ça, même en championnat de l’Essonne.

Les slaves furent tous les victimes de ce tueur en série, et les latins créèrent la surprise en décrochant l’or.

Hier, contre la Suède, j’ai revu Buligan réincarné en Vincent Gérard.

On avait l’habitude avec Thierry Omeyer de voir la France laminer ses adversaires et progressivement les faire douter, mais là, on a assisté à un miracle :

Un gardien invincible pendant dix minutes, quel que soit le tireur ou sa position, arrière, avant, contre-attaque ou jeu placé…

INCROYABLE

Un moment de grâce durant lequel on a eu le sentiment que des joueurs de classe mondiale étaient des minots pour qui marquer le moindre but était impossible.

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