NOS COUSINS GERMAINS


Djibril Sidibé est un bon joueur.

Malheureusement pour lui, il s’est blessé au ménisque le 19 avril, soit moins de deux mois avant le Mondial.

Opéré, pas opéré, sélectionné, ou pas, le monégasque a dû vivre une période de doute pas évidente.

Et la poisse continue, il prend un sale coup lors du dernier match de prépa contre les USA.

Du coup, c’est Benjamin Pavard qui a fait les deux premiers matchs en étant satisfaisant au poste d’arrière droit. Djibril est venu en Russie pour jouer une compétition planétaire, il se retrouve pour le moment à disputer la Coupe du Monde des coiffeurs. Avec il est vrai, une victoire 11/0 contre les U19 du Spartak.

Son compagnon de banc Florian Thauvin vient à peine de quitter le point presse des bleus quand Djibril vient s’assoir sur le siège encore chaud.

L’exercice n’est pas forcément évident, et ce d’autant que le défenseur n’a pas mis un pied sur le terrain.

On sait tous que le journaliste sportif n’est pas toujours d’une bienveillance paternelle, et nul doute que l’état d’esprit du gazier va être testé.

Sait-on jamais, des fois qu’il craque :

- Vous n’en n'avez pas marre d’être sur banc ?

- J’en ai ras le cul. Pavard est un gros toquard et Descamps un sac à merde.

Éric, si tu lis cette chronique…

Ca ne rate pas, après une question d’usage sur sa santé, quelqu’un lui demande si ce n’est pas trop dur d’être remplaçant, surtout, cerise sur le gâteau, qu’il est venu dans la peau d’un titulaire.

Mais Djibril a su faire le métier et nous servir un discours politiquement correct sur la nécessité de travailler, et de se tenir prêt au cas où le coach ferait appel à lui.

- C’est sûr que quelque part y’a un peu de frustration sachant que j’ai joué la plupart des matchs avant le Mondial. Comme je le répète, c’est un rêve pour moi de disputer ce Mondial. Beaucoup de joueurs rêveraient d’être à ma place aujourd’hui.

Un peu contradictoire, vous ne trouvez pas ?

Le rêve, …et le cauchemar, défini comme une légère frustration.

D’autant que sa phrase suivante est édifiante.

- Donc en quelque sorte, on va se rabaisser pour le collectif.

Se rabaisser !!!

Mettre sa fierté de côté, la fermer et marcher droit !

Si c’est se rabaisser que d’accepter un statut de remplaçant, que pourrait-on dire de ceux qui payent, lèchent des bottes, ou pire encore.

Quant à coucher !

Vade retro, la morale qui m’habite m’empêche même de juste y penser.

A la 94e minute de leur deuxième match contre la Suède, les Allemands sont virtuellement éliminés.

La malédiction du tenant du titre.

Comme la France en 2002, l’Italie en 2010 et l’Espagne en 2014 !

Cueillis à froid au premier match par des Mexicains survoltés, ils se font surprendre à la 32e minute par Toivonen, le buteur Suédois.

Le tout pendant que Zlatan encaisse quelques patates de plus en sortant sa Visa dans les bars.

C’est marrant, personnellement j’ai plutôt tendance à en perdre quand je fais comme lui. D’autant que j’ai une copine qui a parfois un peu de mal à ne boire que du Perrier.

Bref, le but de Reus à la 49e ne suffit pas à rassurer la Mannschaft , qui en plus est réduite à 10 après la biscotte rouge de Boateng à la 82e.

Depuis 1870, on connait les qualités de combativité des allemands, assez peu démenties en 1914 et en 1939.

Malgré un âge qui avance, je n’ai pas eu le plaisir de vivre ces moments de franche camaraderie.

Par contre, des potes m’avaient invité à jouer un petit match dit amical au début des années 80 au camping du Col vert, dans les Landes.

Un match convivial entre touristes allemands et français.

Une boucherie.

Dans la lignée des drames de 82 et 86, avec peut-être à peine moins d’enjeu.

Certains tibias s’en souviennent, sauf Batiston qui lui ne se rappelle de rien, on se demande vraiment pourquoi.

Combattif, on disait.

Accrocheurs et rugueux.

Dans leur ADN de ne rien lâcher.

Et crac !

Coup franc de la dernière chance à la 95e, complètement excentré à gauche de la surface.

Frappe extraordinaire de Tony Kroos en pleine lunette.

Invraisemblable.

Magnifique.

Aucun souvenir du Brésil de 70, je devais jouer aux billes au VVF de Saint-Jean de Monts. A moins que ça ne soit au docteur.

Depuis la Hollande de 74 et 78, j’ai un peu de mal à vibrer pour une équipe autre que la France. Malgré ce qu’ils nous ont fait subir, il faut reconnaître les vertus de cette équipe qui après un tel scénario va être difficile à bouger.

Mais il faut raison garder et ne pas sombrer dans le grand n’importe quoi.

Si certaines femmes ont connu quelques tracas capillaires en 1939, on vit une période curieuse où certaines libertés sont rognées.

A l’inverse de la parole qui elle se libère, certains allant jusqu’à afficher des haines ou des passions jadis inavouables.

Ou certaines.

Alors que la mode est plutôt aux hommes typés, bruns ténébreux, latinos et autres peuplades exotiques, je suis persuadé qu’il reste en France certaines ménagères de plus de cinquante ans qui vibrent corps et âme pour la Mannschaft.

Et qui le revendiquent.

Quelle honte !

J’espère juste ne jamais devoir mater un match France / Allemagne aux côtés d’une telle créature qui hier soir a dû sortir boire des bières, briser des vitrines et brûler quelques voitures.

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