LA GRINTA


Jamais une Coupe du Monde n’a aussi mal porté son nom.

Les africains sont venus faire un petit tour et sont rentrés au bled.

Les asiatiques et néanmoins japonais auraient largement pu s’inviter en quart.

Les sud-américains ont pour eux la grinta, un engagement et un génie qui dans le passé leur ont permis d’engranger quelques étoiles sur le cœur. Tout le monde vit le foot avec ferveur quasi-religieuse. Les joueurs et les coaches, mais aussi des supporters qui n’hésitent pas à vendre leur maison pour s’inviter au bal, ou à flinguer celui qui aurait la mauvaise idée de rater un péno.

On espère tous que l’Uruguay est un petit pays plus tranquille que la Colombie, sinon Fernando Muslera, le gardien de la Celeste, risque de regretter sa boulette. Loris Karius a dû sourire un peu entre deux Tranxène, du fond de sa maison de repos au cœur de la Foret Noire. Il faut dire qu’au rayon boulette, le portier de Liverpool est largement en tête de gondole.

Messi a quitté la Russie avec un but magnifique et l’impression qu’il s’amuse autant sur le terrain que dans une réunion de copropriété. Surtout après le rejet de la motion de Mme Trofion qui proposait un nettoyage au Karcher de la moquette murale, plus économique qu’un remplacement. Malheureusement pour cette bonne dame, 678 millièmes ont voté contre.

Pour sourire autant, on imagine que Leo doit être miné par ses démêlés avec le fisc espagnol qui ferait mieux de s’occuper de Cristiano.

On sent l’argentin tellement préoccupé qu’il en oublie parfois de soigner ses stats.

Les russes courent en moyenne 700 mètres de plus que les autres joueurs à chaque partie.

Même pas ce que le prodige du Barca a parcouru en quatre matchs !

La grinta oui, mais en marchant alors.

Ou alors le nez dans le saladier de farine, comme son (trop) glorieux ainé aux manettes de l’Albilceleste, supporter aussi discret que bienveillant de cette équipe.

Et quand on parle de génie, comment ne pas penser au Brésil.

Presqu’un à chaque poste, avec un Neymar aussi invraisemblable balle au pied, qu’amateur de gazon.

On sentait tous ces artistes comme en mission après le camouflet d’il y a quatre ans.

Mais eux-non plus n’iront pas en demie…

Il reste deux quarts, mais quels qu’en soient les résultats, la Coupe du Monde est terminée.

L’Euro peut commencer, deux ans après la version française.

Un Euro amputé de l’Espagne, de l’Allemagne et du Portugal.

Imaginez une finale Belgique / Suède !

A part un malade mental qui aurait misé un billet dessus il y a un mois, ça ne s’annoncerait comme l’affiche la plus glamour de l’histoire.

Peut-être Loris Karlus qui maintenant dilue ses cachetons dans le Jack Daniel.

Personnellement je ne sais même pas, dans ce cas, comment réussir à rester éveillé devant un tel match commenté par un Daniel Bravo à peine moins soporifique qu’Arsène Wenger. Juste sauvé par un accent à couper à la hache, plus chantant que l’alsacien de l’ex coach des Gunners.

Le France / Belgique s’annonce très excitant.

Et pourtant, il n’est jamais facile de prendre nos cousins au sérieux.

Et ce n’est pas du tout à cause d’un accent qui engendre rarement de la mélancolie. Ou parce que des milliers de nos contribuables, rarement parmi les moins fauchés, hésitent de moins en moins à franchir le Quiévrain pour s’acoquiner avec le fisc local.

Non, c’est juste qu’à tout moment on s’imagine plutôt à la buvette du stade à assister à un show délirant de François Damiens ou de Benoît Poelvoorde.

Et accessoirement à boire quelques bières avec eux.

Avec modération bien sûr.

Et pourtant, le temps est révolu où les belges étaient issus des rangs d’Anderlecht, de Gand et du Standart et jouaient le dimanche à la baballe devant une poignée de spectateurs, une buvette et une baraque à frites.

Aujourd’hui, les plus grands clubs se les arrachent et beaucoup y sont d’indiscutables titulaires.

De tocards en sursis, les bleus sont maintenant passés quasiment au statut de favoris de cette Coupe du Monde. Tout le monde s’est à peu près réveillé, et le Brésil est reparti admirer son cher Corcovado. Les journalistes se sont mis à la page.

Ils ont senti le vent tourner, un peu comme en 98.

Maintenant, il devient dangereux de tirer à boulets rouges sur la bande à Dédé, devenue favorite des bookmakers.

Et si jamais, vingt ans après… ?

Dédé, puisqu’on en parle, s’est largement détendu depuis le premier tour, ou même après la démission de Zizou du Real. Il est espiègle, et s’essaye même à certaines petites vannes qui font mouche.

Et puis, après chaque match, il fait un câlin à chacun de ses joueurs, comme un père à son fils qui reviendrait de cinq ans de légion. Avec un petit mot pour chacun, bienveillant, gentiment chambreur.

Il a encaissé sans broncher les critiques qui pleuvaient sur LLoris et Pogba.

Et il les a maintenus coûte que coûte, contre vents et marées, à moins que ça ne soit le contraire.

Et les deux lascars le lui rendent au centuple.

Ils sont pour moi les deux français les plus réguliers, peut-être avec Kante si on veut aller jusqu’au tiercé.

Pogba est incisif, solide et souvent décisif.

Quant à lloris, il est irréprochable.

Et décisif aussi, surtout quand il nous sort quelques ballons qui auraient très bien pu finir dans ses filets.

Sa parade sur la tête de Caceres est tout simplement fabuleuse.

Encore une ou deux contre les Diables rouges, et tu rentreras au Panthéon des grands portiers français.

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