MON SENTIER


21 mars 2018.

Rien de marquant.

Rien de plus que d’habitude, la courbe du chômage et celle du réchauffement climatique poursuivent inexorablement leurs trajectoires inverses.

Et pas forcément dans le sens souhaitable, ni pour la planète, ni pour les allocataires de pôle-emploi.

Des mois plus tard il ferait 40° à l’ombre, que vous soyez aux Seychelles ou aux Tarterets.

Si on veut se rassurer un peu, on peut voir un peu de justice sociale dans ce monde de brutes, à travers les trous béants dans la couche d’ozone : pas besoin de dépenser une fortune pour aller chercher le soleil, quelques euros suffisent pour un ticket de RER C.

A moins que ça ne soit le D, Corbeil-Essonnes étant une bourgade aussi charmante que privilégiée, un véritable nœud ferroviaire.

Ce jour-là, la Commission européenne autorise le rachat sous condition de Monsanto, le géant américain des semences, engrais et autres pesticides.

Début juin, l’Allemand Bayer va délester son épais larfeuil de 63 petits milliards d’euros pour s’offrir le créateur du Roundup. Une molécule de glyphosate, herbicide non sélectif généreusement épandu pendant des décennies dans les mornes plaines briardes, picardes ou d’ailleurs.

Le mariage à peine consommé, les philanthropes nouvellement proprio de la boutique décident de faire disparaître le nom de Mosanto.

On se demande vraiment pourquoi !

Et quand on parle de philanthropie, on peut vraiment compter sur Bayer.

Aux américains le Roundup, aux germains le Gaucho.

Depuis les années 90, il est de bon ton d’enrober les graines de tournesol de cette substance inoffensive, pour le plus grand bien du rendement agricole.

Mais visiblement un peu moins des abeilles à qui ce produit semble réussir aussi bien que le parti nazi à certaines populations moyennement aryennes dans les années 40.

Tout va bien pour les cigales.

Ceux qui ont posé leurs valises dans le Sud peuvent en attester.

Leur champ ancestral est immuable.

Inexorable.

Rien ne semble devoir le perturber, malgré des conditions climatiques qui nous font nous demander si on s’est bien arrêté du bon côté de la Méditerranée.

Il y a une autre bestiole qui semble avoir de beaux jours devant elle, c’est la scatophage du fumier, qu’on peut appeler mouche à merde si on veut dire les choses clairement.

Certes, les toilettes collectives à la turque nettoyées deux fois par semaine sont de plus en plus rares pour pouvoir en attester.

Mais pour qui arpente les chemins de randonnée de notre beau pays, il est toujours possible, au détour d’un buisson, de tomber sur un petit cadeau gentiment laissé par un de nos amis à quatre pattes, à moins que ça ne soit par son maître, qui la plupart du temps n’en n’a que deux.

L’étron assez peu ragoutant ne l’est pas pour tout le monde, quand on voit l’agitation joyeuse qui semble animer toutes les mouches qui s’y pavanent.

Un autre diptère semble avoir de beaux jours devant lui.

Le taon.

Sans H, avec un A.

Comme souvent dans le règne animal, le mâle est inoffensif.

Par contre, si vous vous trouvez dans une zone humide, avec des chevaux, la femelle vient discrètement se poser sur votre corps sans défense pour venir vous sucer le sang avec sa trompe.

Et ça fait mal.

C’est bien fait pour vous, il ne fallait pas louer un gite bien retiré, au calme dans la nature. Et surtout avoir la mauvaise idée de piquer une tête dans la piscine en fin d’après-midi, juste avant l’apéro.

On sait depuis bien longtemps que le jaune est la couleur du péril.

Beaucoup plus que du Ricard.

Et pour les diptères plus que pour tout le reste.

Nos moustiques et nos frelons, c’était du ptit lait, de la roupie de sansonnet.

Depuis quelques temps, ces tendres amis de l’homme sont plus victimes de leurs homologues d’Asie que des bombes de Baygon, pourtant commercialisées par Bayer après la deuxième guerre mondiale.

Le moustique tigre et le frelon asiatique se portent plutôt bien, soyons rassurés.

On a tous des souvenirs souvent estivaux, de scènes pas toujours marrantes avec des abeilles.

La tartine beurre-confiture, ou le morceau de côte de bœuf qu’il faut avaler avec précaution.

La tante revêche qui fait un œdème de Quincke en enfilant son gilet dans la manche duquel une guêpe avait élu domicile.

Le nid de frelon sous le toit de la cabane…

Bref, que du bonheur.

Surtout que cette année, malgré ces dizaines de kilomètres de sentiers parcourus, j’ai le sentiment de ne pas avoir croisé une abeille.

Pleins de papillons, mais pas une abeille.

Les insectes polinisateurs sont en déclin, ce qui est une bonne nouvelle de plus, avec la raréfaction de l’eau et le réchauffement climatique.

La mortalité hivernale des abeilles domestiques, normalement de 10%, a doublé ou triplé dans certains pays depuis la fin des années 90.

Heureusement pour nous, le rachat de Monsanto est censé rapporter à Bayer une hausse de dix milliards de son chiffre d’affaire annuel.

Nous voilà rassurés.

Et après tout, le miel, c’est quand-même largement moins bon que le Nutella.

L’abeille coule, l’abeille coule, l’abeille coule, l’abeille coule…

Plus facile que panier/piano, panier/piano…

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