GARDER LE CAP

Ceux qui savent ce qu’ils veulent et qui gardent le cap coûte que coûte sont rares.

Trop sûrs d’eux, ils finissent par être fatigants, très rarement drôles.

A part les marins s’ils veulent arriver à bon port, demandez à Alain Colas.

Et Tabarly ?

Le plus mythique d'entre-eux qui se noie après une simple manœuvre en mer d’Irlande…

Comme si Tyson Fury se faisait casser la gueule dans un bar de Melun !

Nos grands hommes consacrent leur vie à leur œuvre, contrairement aux petits qui ne rechignent jamais à se taper une binouze au bar du coin.

Et c’est pareil pour les grandes femmes.

On imagine assez mal Mère Teresa faire un bowling à Belle-Épine, tout comme le Commandant Cousteau au Macumba, toujours à Melun.

C’est sans doute pour ça que cette célèbre discothèque n’a pas survécu à l’arrivée du XXIe siècle.

Encore une histoire de cap.

Ces gens sont entrés dans l’histoire, la sainte femme a même été canonisée.

Mais leur entourage devait bien connaître le revers de la médaille, celui que la célébrité ignore pour se concentrer sur le bon côté des choses.

Les gilets jaunes sont en train de devenir célèbres.

En tout cas ils ont sévèrement fissuré le piédestal de notre Jupiter national.

La contradiction n’est pas dans ceux qui s’y greffent, les extrémistes de gauche comme de droite.

Elle est dans l’essence même de ce mouvement.

Un besoin de sécurité dans un monde instable, avec plus de protection sociale et des services publics plus présents et plus performants.

Légitime, quoique parfois pitoyable, quand quelqu’un finit par éteindre toute lueur d’initiative en lui pour s’en remettre corps et âme à l’Etat providence.

Un ras le bol du matraquage absurde que subit régulièrement celui qui se comporte en citoyen lambda.

Pas la danse, la lettre.

C. est heureux.

Pas de taf aujourd’hui, il va pouvoir profiter de sa journée, et en particulier dormir un peu, ce qui ne peut pas faire de mal.

On ne peut pas parler de grasse matinée digne de celles qu’il faisait plus jeune, mais traîner sans trop de contrainte est plutôt cool à vivre, un goût de vacances dans ce monde de brutes.

Rien de notable, la matinée passe comme un épisode de « L’homme du Picardie », lentement, contemplative.

Jusqu’au moment où C. se dit :

- Tiens il est déjà midi, le facteur a dû passer.

Tel une panthère arthrosée, il bondit dans ses baskets et ouvre sa bal dans laquelle trône fièrement un petit papier jaune.

Un avis de passage, sur lequel le camarade facteur l’informe qu’il était absent lors de sa venue !

Et cerise sur le gâteau, s’il veut récupérer son recommandé, il aura le bonheur de passer un moment toujours délicieux au bureau de poste.

Merci à cet employé honteusement exploité par sa hiérarchie et harassé par une tournée interminable, d’offrir un but concret à une journée qui en manquait tant.

Un futur manifestant, qui troquera son vélo jaune pour un gilet de la même couleur.

Un peu plus tard, C. tourne depuis dix minutes au volant de sa puissante berline pour se garer au plus près du guichet.

Zone bleue, disque, tout va bien, il se retrouve dans une file de trois personnes qui attendent. A peine trois minutes plus tard, deux sont déjà passées, pas de doute, tout sera plié dans peu de temps.

C’était sans compter le niveau d’empathie et de communication entre la guichetière et une usagère qui voulait déposer 60 euros sur un compte, les faire virer sur un autre avant d’envoyer la somme dans quelque contrée aussi exotique que lointaine.

Pas facile, malgré cette empathie qui fera naître une relation quasi amicale entre les deux femmes.

Pas rapide non plus.

Bref, 25 minutes plus tard C. tends le papier jaune et sa carte d’identité à celle qui vient de répondre à son salut sans lever le nez des documents.

- Mais Monsieur !

- Quoi ?

- Votre recommandé ne sera disponible que demain à partir de 14H00, regardez, c’est marqué là. Ou alors vous avez la possibilité de vous le refaire distribuer demain.

- Mais demain je travaille, et ce matin j’étais là quand….bla bla bla…

- Je comprends Monsieur, si vous voulez, vous pouvez appeler notre service réclamation pour la modique somme de 30 centime la minute.

- C’est cadeau.

- Oui généralement ils répondent avant 18 minutes…

C. ne peut pas sortir en claquant la porte qui est automatique.

Et pourtant, ce n’est pas l’envie qui lui manque.

L’air froid l’a à peine calmé quand il rejoint sa caisse.

Un homme en uniforme vient juste de lui déposer un mot doux sur le pare-brise.

- S’il vous plait ?

- Oui.

- Je ne comprends pas, le disque est mis jusqu’à 15H !

- Oui Monsieur, mais ce n’est pas le bon disque, depuis janvier, vous devez utiliser le modèle européen.

Une bonne blague qui lui coûtera la modique somme de 35 euros.

De quoi le mettre en joie avant de déposer sa voiture au contrôle technique.

Presque inutile de vous dire qu’une contre visite sera nécessaire, parce qu’un voyant s’allume sur le tableau de bord.

La journée finira paisiblement avec juste un petit radar pour lui rappeler qu’au volant, rouler à 81 km/h est dangereux, et susceptible de vous délester d’un point et de 65 euros.

Une semaine plus tard, bien remis de ses émotions, C. aura enfin accès à ce courrier tant désiré

La brigade des stup et la DGSI l’ont cramé !

Impossible d’échapper à la machine quand on est malhonnête.

Doit-il avouer qu’il a fait une grosse plus-value immobilière en revendant un carton sur le trottoir de sa ville ?

Ou qu’il a hérité d’un tonton SDF ?

Toujours mieux que d’avouer qu’il a vendu 1,41 euro de cannabis à la sortie d’une école primaire.

Plus possible de nos jours de faire transiter de l’argent sale par l’économie réelle.

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