KRASU REVIENS !


Henri Krasucki n’aurait jamais dû mourir à presque 80 printemps à Paris au XXIe siècle.

Épris de tourisme, sa virée ferroviaire de 1943 à Jawiskowitz via Drancy et Birkenau aurait pu s’arrêter comme celle de son père avant lui. Au même titre que celle de certains de ses camarades de voyage.

L’immense Jean Roucas lui rendra hommage quelques années plus tard en lui dédiant une marionnette dans son Bébêtte Show, émission aussi subtile qu’hilarante.

Militant syndical et politique, il restera 10 ans à la tête de la CGT.

Outre des origines religieuses douteuses, on le soupçonnait parfois d’en rajouter des tonnes dans sa gouaille populo-banlieusarde.

Grand négociateur, il luttera pendant une décennie pour arracher des « miyons » du bas de laine bien garni du grand capital pour le redistribuer dans les poches percées de la classe ouvrière.

Il organisera quelques grèves et prendra une part importante aux accords de Grenelle.

S’il était toujours là, ce ne sont pas des patates qu’il aurait réclamées.

Non, en 2018, la mode est au « miyards », des grosses patates avec trois 0 de plus.

Mis à part quelques climato-sceptiques, on sait maintenant que ce satané carbone a déréglé pas mal de chose à la surface de la terre.

Des sécheresses, des tsunamis,…

Mais là, on assiste à un phénomène météoro-illogique.

Du jamais vu depuis bien longtemps.

Des milliards comme s’il en pleuvait.

Une grosse douche dorée.

Une mousson d’oseille.

Emmanuel Macron n’aurait jamais dû être Président.

Il a pourtant réussi cet exploit en quelques mois, avec ce qu’il faut d’opportunisme, de stratégie et de trahison.

En soi, rien de bien différents que ses prédécesseurs.

Avec ce zeste de chance qui ne sourit qu’aux audacieux : la ZAC de Sablé-sur-Sarthe était fermée le jour où François Fillon demande à sa femme Pénélope d’arrêter un peu le tricot pour l’accompagner.

- Chérie, tu viens avec moi, on va m’acheter un costard. Il parait qu’il y a une belle promo chez Célio.

- Mais mon amour, le centre commercial de Sablé est fermé aujourd’hui !

- Seigneur, c’est exact, je l’avais oublié.

- Tu perds la boule François.

- Tant qu’il m’en reste une…

Peu de monde sait combien l’ancien Premier-Ministre est un petit plaisantin, ni qu’une atmosphère de grivoiserie règne parfois dans le château des Fillon.

Certains témoins se souviennent encore de certaines soirées…Non, là je m’égare.

- Si tu veux on peut tenter le Pantshop de La Flèche ?

- Ah non, c’est trop loin, même avec la Bugatti.

- Ok, appelle ton pote Bourgi, il vient dîner ce soir. Il a des bons plans sur les fringues.

Comme quoi, l’avenir d’un pays se joue parfois à peu de choses.

Celui de Manu aussi.

Ni droite, ni gauche, il renvoie l’ancien monde à ses chères études.

Si le coup de saton dans la fourmilière est bien envoyé, il ne faudrait pas oublier les trois variables de cette équation gagnante :

- les abstentionnistes restent le premier pari de France.

- cette candidature a rassemblé autour d’une volonté de « dégagisme ».

- au deuxième tour, le front anti-Le Pen a encore une fois joué son rôle. On verra ce qu’il en est au prochain scrutin…

Beaucoup ont mis de l’espoir dans la volonté affichée du golden boy Picard de briser les lignes. On allait voir à l’œuvre des parlementaires issus de la société civile, et pas de vieux cheveux de retour en mal de reclassement.

Il allait enfin faire ce que les autres n’avaient pas réussi.

Ni essayer.

Réformer le pays en profondeur, l’appareil de l’Etat lui-même, la fiscalité, la retraite, la santé, le travail, l’éducation. Avec une volonté qu’on pensait indéfectible, sans trop taper dans la caisse.

Un ex-candidat allait enfin faire ce qu’il avait dit.

Avec clarté et intelligence.

On savait tous, et lui aussi, que certaines mesures seraient impopulaires, mais le pouvoir a pris le pari que les choses iraient mieux.

Les syndicats et certains partis ont eu beau tout donner pour déclencher le fameux troisième tour social, rien n’y a fait.

Les fonctionnaires, les profs, le personnel de santé, les bleus marine, les insoumis, pas moyen de mettre le feu aux poudres, même en soufflant sur la braise.

Manu semblait sur le point de gagner son pari, après celui de son OPA sur l’Elysée.

On peut toucher à beaucoup de chose, mais pas à la bagnole.

Trop c’est trop.

Ce sont deux mesures automobiles qui ont enflammé le pays.

Les 80 à l’heure et l’augmentation du carburant.

Deux mesures censées sauver des vies et agir pour le climat.

Patatras, un vrai château de cartes.

Ironie du sort, le shut down vient de s’abattre sur les USA.

Un désaccord entre le Congrès et la Maison Blanche conduit à l’arrêt des activités gouvernementales.

Une situation inédite due à l’échec des négociations pour le financement du fameux mur anti-Mexique.

Barack avait senti le vent du boulet avec sa couverture médicale pour tous, mais Donald n’a pu l’éviter pour son beau projet maçon.

Conséquence, l’administration fédérale est en berne, comme les milliards de dollars qui vont avec.

Un énorme blocage.

Plus qu'un rond-point.

Chez nous, c’est le shut up.

Faites vos jeux Messieurs-Dames, tout est possible à condition de bien jouer le coup.

Les gilets jaunes ont montré la voix.

Les retraités, les smicards et les policiers ont obtenu plus en quelques heures qu’ils n'avaient pu en des années.

A vous de jouer maintenant.

Les gosses en ont marre de leur Samsung S7, complètement obsolète.

Suggérons-leur de massacrer la berline familiale à coup de marteau pour exiger un I Phone X pour Noël.

Et si ça ne suffit pas ils pourraient torturer le chat ou menacer de jeter Mamie et son fauteuil dans la Marne. Un fauteuil qui roule mieux qu'il ne flotte.

Les infirmières pourraient faire des piquouses avec des seringues usagées, ou changer les bracelets des bébés dans les maternités. En plus, ça permettrait aux gosses de pauvres d’avoir une chance au grattage.

Les chiens n’en peuvent plus de manger des croquettes.

Ils veulent des cotes de bœuf.

Au lieu de pisser de temps en temps sur le canapé, ils feraient mieux de déchiqueter la paire de Louboutin de Madame.

Éventrer le fiston dans son couffin est un bon moyen de peser sur les négociations. Sinon il y a toujours la Grand-mère, mais ne l’accablons pas.

Et les profs !

Les grands oubliés de la distribution.

Pas persuadé qu’ils obtiennent quoi que ce soit en allant défiler à Bastille.

Ni en faisant la grève des appréciations sur les bulletins.

Non, il faut se mettre à la page.

Il reste encore pas mal de collèges de type Pailleron.

Mettez-y le feu, l’histoire a montré que ça marchait bien.

Pourquoi ne pas ne pas prendre le personnel de direction en otage ?

Ça peut être efficace si vous y ajouter quelques sévices, viol, torture, humiliation.

Et si le ministre fait la sourde oreille, faire de même avec des élèves risquerait de marquer les esprits. Ou tirer dans le tas à la récré, pour ceux qui ont pris la précaution de glisser une arme automatique dans leur sac de cours.

On n’est jamais trop prudent.

Allez-y, il y en aura pour tout le monde.

Manu voulait faire autrement, aller plus loin dans les réformes.

Quelque chose me dit qu’il aura un peu de mal à se faire comprendre.

Qu’il tente de réduire l’indemnisation du chômage, d’élargir l’assiette de l’impôt sur le revenu ou de revoir les retraites, les gilets jaunes deviendront rouges.

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