BRÈVES DE MONDIAL


WIEDERVEREINIGUNG

Qui peut savoir ce que ça veut dire à part un agrégé d’Allemand ?

Vous pourriez me répondre, un Allemand tout court.

En Novembre 1989, des petits plaisantins vont s’amuser à détruire les 155 km d’un mur qui déjà, faisait rêver le jeune Donald qui avait l’habitude de passer ses vacances à Berlin. Moins d’un an plus tard, la wiedervereinigung est en marche, la fameuse réunification d’une Allemagne que Staline avait découpée au chalumeau.

Comme un symbole, le match d’ouverture de ce Mondial 2019 se déroule dans cette ville. Entre l’Allemagne et la Corée.

Du sud ?

Du Nord ?

Et non, on parle de la Corée réunifiée, qui accueille dans sa sélection cinq compatriotes de Kim Jong-un, un des rands démocrates de la planète.

Le hockey l’avait déjà fait aux derniers JO d’hiver, mais bon…

Au-delà du clin d’œil, l’opposition de style est spectaculaire, et presque caricaturale.

D’un côté des doubles mètres bodybuildés, qui pratiquent un handball orthodoxe.

De l’autre des asiatiques petits, rapides et nécessairement inventifs.

Avec cerise sur le ballon, quelques tirs désaxés extraordinaires.

Sinon, pas grand-chose à dire.

Aucun suspens, la messe est vite dite, avec au tarif, un petit 30/19.

Et pourtant…

Dans les années 80, Desireless caracole en tête du top 50, tandis que les ex-pays de l’est règnent en maîtres absolus sur le handball mondial. A la chute du mur, on se dit que l’occasion est belle pour d’autres de s’engouffrer dans la brèche.

La Corée du Sud va le faire avec deux titres olympiques et un mondial chez les femmes !

Pour les hommes, la récolte sera moindre, avec quand-même une médaille d’argent à Séoul.

Les continents africains et américains ne prendront pas le même chemin.

La vielle Europe reprendra vite ses droits, avec la France comme tête d’affiche.

Avec l’Espagne, l’Allemagne et les pays scandinaves, ils trusteront tous les titres qui suivront.

C’est regrettable pour ce sport qui a perdu une occasion de devenir universel.

Le Sport est un affrontement codifié et institutionnalisé.

Son ingrédient essentiel, son carburant, c’est le suspens.

Celui qui fait vibrer, crier et qui donne des sueurs froides.

Les coréens d’aujoud’hui, même unifiés, n’avaient pas l’ombre d’une chance.

Quant aux chiliens du pauvre Mateo Garralda, ils se sont faits sévèrement corriger par le Danemark.

Les téléspectateurs ont dû taper dans la gourde pour tenir tout le match, sauf pour ceux qui avaient des extas.

Sept mois plus tôt, la Corée éliminait l’Allemagne pourtant championne du Monde en titre du Mondial.

De foot.

La semaine dernière, Viry-Châtillon et Noisy-le-Grand, clubs de Régional, s’offrent le scalp d’Anger et d’Ajaccio !

Des clubs de ligue 1 se font eux sortir par des équipes de National…

Si les équipes africaines ou américaines pouvaient bousculer la hiérarchie !

Mais je ne suis pas persuadé que ça soit au programme.

LA PROVIDENCE

Malgré tous les efforts des gilets jaunes, qui en seront bientôt au 10e acte, le taux maximal d’imposition ne dépasse pas 45% en France.

C’est dommage, avec 500 hauts fonctionnaires qui gagnent plus de 150 000 € annuels, ça pourrait renflouer les caisses de Bercy.

Mais rassurons-nous, si on ajoute les impôts directs, indirects, les taxes de tout genre, la fameuse classe moyenne est largement à 50%.

Si on prend en compte les petits bonus que la vie nous offre parfois, les amendes et autres incidents divers, on peut reverser plus de la moitié de ses revenus à un Etat providence qui porte de moins en moins bien son nom.

La providence.

Quel mot puissant et singulier.

Si certains y voient une volonté divine, l’invoquer, c’est faire référence à des forces supérieures.

Difficile de se reposer dessus dans le sport, domaine dans lequel le travail et l’état d’esprit sont des valeurs essentielles.

Et que dire du handball, dont on explique les résultats extraordinaires par la transmission, l’humilité, la compétence, le dépassement, la cohésion, la formation, …

Franchement, il serait plus simple de se dire que Dieu, s’il a la bonne idée d’exister, s’est penché un jour sur le hand tricolore.

Dans sa grandeur et avec des raisons qui le regardent, il a subitement décrété qu’une pluie de médailles tomberait désormais sur ce sport qui végétait dans les bas-fonds du classement mondial. Une averse divine que les Barjots ont contre toute attente, enclenchée en 1992.

Et qui tombe drue.

Une mousson.

Une moisson.

Les jeunes, les vieux, les hommes, les femmes…

Il manque encore le Beach-hand et le hand fauteuil. Le championnat du Monde des plombiers aura lieu en 2038 à Brie-Comte-Robert…

Mais revenons à nos experts.

Depuis quelques années, chez nous, on sait préparer une équipe de France.

D. Costantini puis C. Onesta ont transmis le témoin à D. Dinart et G. Gille, et à chaque fois, on a l’impression qu’après un bon stage de prépa et deux matchs amicaux, les choses se mettent en place tout naturellement.

Une méthode simple et efficace qui la plupart du temps nous amène au sommet.

Ou presque.

Une quasi-banalisation de la performance qui du coup, devient de moins en moins un exploit. Et ce malgré les absences, les blessures, jusque-là, les petits nouveaux non seulement s’adaptent, mais apportent quelque chose de positif.

Leur pierre à l’édifice.

Au menu du premier match, le Brésil.

On se rappelle que les sud-américains avaient fait un bon match contre les bleus en quart des JO de Rio. Avec l’Argentine, ils montrent depuis quelques temps qu’ils progressent.

Le jeu pratiqué par la France en attaque est simple et direct, avec des arrières très performants. Des joueurs qui prennent des tirs rapidement, avec réussite.

Les brésiliens font de même, avec en particulier un Toledo des grands jours.

La défense a du mal, loin de son ADN et de ce qu’elle peut faire : user et broyer l’adversaire. Avec trois arrêts en vingt minutes, C. Dumoulin a du mal, en particulier dans les tirs de loin.

Et puis le staff décide de lancer V. Gérard.

L’héritier de T. Omeyer.

Le descendant de P. Médard et B. Martini, la race des grands.

La race des dingues.

Dès qu’il entre, il ferme la boutique et personne ne marque.

5-0 en neuf minutes.

Une balle de + 6 qui s’envole, les brésiliens se reprennent et limitent les dégâts en fin de période. Dommage, le KO n’était vraiment pas loin.

La deuxième mi-temps est un mano à mano pendant 20 minutes, avec beaucoup de ballons perdus, et un gardien adverse qui s’illustre.

C’est le piège du jeu direct et rapide, difficile à tenir tout un match.

Heureusement, la défense tient la route.

A 21 partout, V. Gérard va descendre une deuxième fois le rideau de fer.

Il referme sa cage, avec notamment trois arrêts sur Toledo.

Comme souvent.

Comme toujours.

C’est ce qui fera basculer un match devenu difficile à perdre quand votre gardien tourne à 50 %.

Irrationnel, imprévisible.

Providentiel.

Comme l’a été T. Omeyer pendant une quinzaine d’années.

LE MARQUIS DE KARABA

CHAPEAU BAS CHAPEAU BAS ! GLOIRE AU MARQUIS DE KARABA !

Le Marquis de Carabas est un personnage du Chat Botté, célèbre Conte de Perrault. Troisième fils d’un meunier sans fortune, son ascension sociale est aussi fulgurante qu’inattendue.

En moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire il se retrouve gendre du Roi.

Le 19 Octobre dernier, Nikola Karabatic se fait opérer d’un hallux valgus au pied gauche qui le faisait souffrir depuis 2016.

Un oignon !

Résultat, entre quatre et six mois d’arrêt, autant dire que ses copains iront jouer à la baballe sans lui au mois de janvier en Allemagne.

Moins de trois plus tard, le prodige est de retour sur les parquets du Mondial, avec les dents qui feront tout pour le rayer.

Le parisien est tellement associé aux nombreuses victoires de l’équipe de France, que cette compétition avait un intérêt.

Celui de voir comment les bleus joueraient sans lui, et accessoirement, s’ils pouvaient s’offrir une septième étoile.

Mais depuis des semaines, un feuilleton tournait en boucle dans les chaumières.

Et s’il revenait ?

Puis la rumeur s’est faite possibilité.

Puis Nikola a rejoint le groupe à Berlin.

L’homme qu’on a vu dans les tribunes encourager les copains lors de leur ballade de santé contre les Serbes n’était pas un spectateur comme les autres !

De possible, son come-back est devenu probable.

Pour l’évidence, on attendra quelques jours.

C’est dommage, Charles Perrault a pris une retraite bien méritée, il n’est plus là pour nous narrer les nouvelles aventures du Marquis de Karaba.

En tout cas, ce suspens mettra un peu de piment dans ce premier tour, de quoi patienter jusqu’au France-Allemagne de mercredi soir.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de l’interview de Laurent Koscielny dans Canal Football Club.

Le défenseur évoquait les sentiments négatifs qu’il a ressentis quand ses potes ont soulevé la Coupe du Monde.

Rare et émouvant, dans un domaine où les discours sont souvent d’un conventionnel à faire pâlir un janséniste.

En particulier dans le handball où il est de rigueur de ne jamais sortir des valeurs en vogue, humilité, transmission, travail, esprit d’équipe…

J’aimerais bien savoir ce qui se passerait dans le crâne de N. Claire, de M. Grébille ou R. Lagarde si on leur annonçait qu’ils doivent laisser leur place à l’idole.

A moins d’une blessure lors des prochains matchs…

Pas facile, même si on imagine que le discours sera convenu.

En fait, comme toujours dans le sport, tout dépendra du résultat.

Vous me direz, ça n’est que du sport.

Transposons-nous dans la vraie vie.

Au travail.

- Monsieur vous êtes à l’essai trois jours. Si vous ne finissez pas ces 350 m2 de carrelage avant mercredi, Marcel vous remplacera. D’ailleurs à partir de demain, il sera là pour vous observer.

Ou mieux, dans votre vie amoureuse.

- Chéri, c’est toi qui passeras cette nuit avec moi.

- Oh mon amour…

- Par contre, j’te l’ai pas dit mais Michel sera dans le fauteuil à côté du lit.

- Un plan à trois ?

- Non pas du tout. Mais si jamais ça n’est pas terrible, il pourra prendre ta place !

Mais revenons un peu à notre mondial.

En cas de septième étoile, l’histoire retiendra que c’était bien managé.

La vitrine de la Maison du handball se garnirait d’une coupe de plus.

16 gars la fêteraient dans la nuit danoise.

Un dix-septième peut-être un peu moins, ou alors avec quelques regrets au fond de sa chope.

BAS LES STATS

On n’a l’impression que les statistiques existent depuis toujours dans le sport.

Mais il n’en est rien.

Dans les années 80, il était plus facile prendre une musette au Boy ou au Palace que d’analyser une performance sportive sur des bases chiffrées et irréfutables.

Dans le handball, il y avait un entrefilet dans l’Equipe, avec le nom des buteurs.

Maurice Piveteau : 11, Jean-Pierre Maltric : 7, Michel Boivin : 4, …

Tout le monde se fichait royalement de savoir si Maurice avait dû shooter 26 fois, avait défendu comme une pipe, et en plus, avait raté le tir de l’égalisation.

Le con !

L’aspect brut des chiffres cache parfois une réalité plus complexe.

Revenons un instant sur les bancs de l’école, ce qui pour certain fait un sacré voyage dans le temps.

La moyenne, la fameuse !

Un concept qui a hanté la scolarité de tant d’écoliers.

- Tu aurais pu au moins avoir la moyenne.

Ou alors.

- C’est pas si mal, j’ai la moyenne.

D’abord, de quoi parle-t-on ?

De la note de 10 ou de la moyenne de la classe ?

Et surtout, un même chiffre peut cacher deux réalités complètement différentes. Allez, petit cours de maths :

Lors des deux derniers devoirs d’histoire, Aline a eu 10 et 12, tandis que Sylvie a obtenu un 2 et un 20.

Eh bien croyez-moi ou pas, elles ont toutes les deux la même moyenne, 11.

Étonnant non ?

Ce qui pour la clarté d’une démonstration sans faille est resté limité à deux chiffres reste valable quelle qu’en soit le nombre.

Le nombre de chiffres.

Tout ça pour dire que ne tenir compte que de cette donnée est parfois réducteur.

Le handball a quitté les cours d’écoles et les statistiques ont traversé l’Atlantique.

Comme Gérard d’Aboville.

Aujourd’hui, la moindre performance peut-être décortiquée.

Buts, arrêts, contres, passes décisives, pertes de balles, interceptions,…

Et n’importe qui peut se renseigner d’un clic ou deux.

Sans se croire en mode NBA, elles sont partie prenante du commentaire sportif.

Avec les excès de ceux qui en veulent toujours plus, par exemple dans le foot.

Kilomètres courus, puissance développée, vitesse moyenne, calories dépensées, …

On n’est pas encore au bout de l’aventure, bientôt on pourra avoir l’évolution de la température rectale d’un joueur au cours d’un match, ou la composition chimique de ses crachats.

Comme dans tous les domaines, la vérité d’un match, d’une performance collective ou individuelle se cache sous plusieurs couches.

Les données statistiques en sont une, mais n’expliquent pas tout.

Elles couvrent une durée, mais ne peuvent tenir compte d’un élément essentiel, le moment, l’instant.

La répétition de certains gestes construit un résultat petit à petit, mais certaines actions provoquent des changements, les fameux tournants d’un match.

France – Allemagne 57e minute.

25/23 pour la Mannschaft, la messe semble dite.

V. Gérard est à 5 arrêts sur 20 tirs, soit 25 % d’efficacité.

T N’Guessan quant à lui, est à 0/2 au tir.

Des chiffres moyens pour l’un, accablants pour l’autre.

Et pourtant.

Notre gardien va faire un arrêt invraisemblable.

Le Barcelonais va nous mettre un jet franc protégé au buzzer, un tir exceptionnel, pur et puissant.

De quoi légèrement améliorer leurs stats, mais surtout, de totalement inverser le cours d’un match qui semblait plié.

Tout ça sous les yeux de Nikola, qui ne restera plus longtemps à 0/0…

LA SAGA

Pas grand-chose de sportif à se mettre sous la dent, au lendemain d’un France / Russie qui a aussi peu de chance de rester dans les mémoires que le Tergnier / Chauny, célèbre derby qui a dernièrement défrayé la chronique picarde. L’occasion rêvée de venir se réchauffer dans un gymnase, avec une buvette qui est là pour casser la monotonie hivernale de cette morne plaine.

Alors que l’été…

A la fin du printemps 1984, Branko quitte son équipe en pleine préparation pour les JO de Los Angeles. Il a 28 ans, l’âge légal pour sortir de Yougoslavie. Il laisse sa femme terminer ses études de médecine et pose ses valises à la Robertsau, club de Strasbourg.

La Yougoslavie sera championne olympique.

Sans lui.

L’équipe de France est au plus bas.

Elle végète au Mondial C, véritable troisième division, bien loin des cadors qui règnent sur le handball planétaire.

Pascal est un grand gaillard d’1m96 qui fait les beaux jours du PUC avec son bras dévastateur. Bientôt, il traverserait la Marne, émigrerait du côté de Créteil, endossant un rôle de chef de défense qui changera sa vie.

Un morceau de France au sud de la Grande Ile, le petit Jackson se régale en pratiquant le foot, le basket et le hand. Il optera pour ce dernier.

Quelques années plus tard, il traversera l’océan indien pour signer au Paris-Asnières de Gérard Picard.

On connait la suite…

On aura compris que le point commun entre ces trois gars est la petite balle en cuir. Pour eux, ce sport deviendra bien plus qu’un jeu sympa avec des potes. Il va changer leur vie, les faire voyager, leur donner un métier.

Des parcours exceptionnels, pour des hommes qui comme tant d’autres, plantèrent un jour cette graine …, ne soyons pas graveleux, nous sommes quand même dans une chronique sportive.

Une graine qui des années plus tard …

Kentin, Luka, Melvyn et Nikola se sont retrouvés début 2019 en Allemagne.

Pas pour une randonnée en Forêt Noire, mais pour jouer au hand avec des potes.

Des potes en maillot bleu.

Pour un championnat du Monde, quand d’autres se retrouvent à Champigny- sur- Marne pour un ptit Five.

Luka est efficace, et très régulier depuis le début.

Kentin a fait un match monstrueux contre la Mannschaft.

Nikola a soigné un ptit rhume pour se joindre à la fête.

Melvyn a fait une entrée remarquable contre la Russie.

On les imagine gamins, à peine sortis des couches, suivant leur père dans les gymnases.

Comme des milliers d’autres.

Ou leur mère.

Une immersion qui les amène souvent à suivre cette voie.

Luka a bien essayé la petite balle jaune, mais il est vite revenu au bercail.

Cette histoire est déjà arrivée dans le passé, mais là, on a l’impression d’être au début d’une incroyable saga.

Kentin Mahé est l’archétype du meneur de jeu moderne, organisateur, passeur, buteur et joueur de duel, Pascal avait fini par devenir un défenseur intraitable.

Melvyn Richardson semble né pour poser son pied où il faut pour marquer des buts, Jackson interceptait, contre-attaquait et créait.

Branko Karabatic, le gardien de but, regarderait ses fils avec fierté…

Et ce n’est pas fini.

D’autres arrivent et porteront un jour la tunique bleue.

Des enfants de joueurs et de joueuses.

La saga des enfants de la balle.

DYNASTIE

Avec un Y, ça donne une série qui quoi qu’historique, n’arrivera jamais à la cheville de Dallas.

Boby, JR, Pamela, Cliff et Sue Ellen peuvent dormir tranquilles.

Philippe Debureau a fait la transition entre les glorieux anciens Serinet, Cailleaux et Bernard.

Stoecklin et Cazal, les deux historiques, trouveront de l’or en 1995 et 2001.

Stéphane, l’enfant de Bourgoin-Jallieu demeure dans l’esprit de beaucoup comme le joueur le plus talentueux que la France ait connu.

Une fulgurance dans le bras, quelque chose de malade.

Vous aurez compris que l’on parle de gauchers.

La dynastie des arrières droits.

Sans manquer de respect à Abati, Burdet ou Schaaf, la France va enquiller les titres pendant dix ans, sans super star gauchère.

Claude Onesta arrachera quelques unités de sa superbe chevelure pour trouver des solutions avec des droitiers qui s’exileront à droite. On se rappelle tous de la polémique des JO d’Athènes, où certains observateurs reprocheront au Toulousain son choix de donner le poste à Daniel Narcisse en fin de match contre les Russes.

Depuis quelques années, Barachet et Dipanda ont certes gagné des titres en intégrant la maison bleue.

Mais ce qui se passe depuis deux ans est invraisemblable.

En 2014 Valentin devenait champion d’Europe, avant d’enchaîner sur deux titres mondiaux. Le premier d’une filière, d’une lignée prestigieuse.

Puis trois minots ont débarqué.

Nedim, Dika et Melvyn.

(L’occasion pour moi de dire que suite à la précédente chronique, le premier est aussi un fils de.

Kamel, le papa, a fait une brillante carrière à Créteil, jouant même une finale de Coupe d’Europe en 1989).

Tous les quatre, comme les trois mousquetaires, ont un profil à peu près identique.

Défenseurs.

Passeurs.

Excellents dans le duel.

Buteurs.

Aucun manque, aucun défaut à signaler.

Un mental d’acier.

Que des qualités.

Du pain béni dans une équipe de handball.

Pas d’état d’âme, toujours prêts à jouer, qu’ils soient sur le banc ou sur le terrain.

Des machines de guerre capables à la fois de se fondre dans le collectif, mais aussi de sortir de leur boite pour vous faire gagner un match.

Des diables.

Heureux Didier Dinart !

Ils sont l’avenir, mais déjà le présent.

Ils font souffler un vent de fraîcheur sur le handball tricolore

Une jeunesse insouciante.

Une jeunesse triomphante.

SUNNY

Parfois dans la vie, on croit rêver.

La dernière fois que l’équipe de France s’était déplacée en Allemagne, ça s’était moyennement passé. On s’en souvient tous, c’était en 2007.

Douze ans plus tard, la musique n’est plus la même.

La quinzaine passée outre-Rhin n’est pas la plus malheureuse qu’ait connue le handball tricolore.

Un premier match tendu contre le Brésil, mais les joueurs font ce qu’il faut dans le money-time.

Le retour du fils prodigue qui de fiction devient réalité, en passant par le possible et le probable.

Des jeunes qui intègrent le groupe et qui d’emblée jouent comme des briscards.

Des joueurs écartés sur blessure ou choix du coach qui restent et applaudissent leurs potes.

Deux joueurs à la dérive contre la Mannschaft qui sauvent la patrie en fin de match.

Et quand ça ne suffit pas, les adversaires s’en mêlent et nous filent un coup de main.

Des allemands qui butent bêtement contre des Russes en carton.

Des croates qui font de même contre le Brésil…

On a l’impression qu’il peut se passer n’importe quoi, les Bleus iront en demie.

On a presque envie de leur suggérer d’en faire plus. De dépasser les frontières du sport.

Un petit euro millions par exemple.

Donner un petit coup de main à Lourdes, ou à Gustave Roussy.

Mieux, aider Manu à s’extirper du bourbier des gilets jaunes.

S’occuper du climat.

Régler le conflit israélo-palestinien…

Le scénario du match contre l’Islande semblait écrit d’avance, avec des rotations qui ont fait croquer tout le monde, préservé les forces vives et assuré le résultat.

Parfait.

Et si ça se trouve, le rendez-vous de mercredi avec nos amis Croates sera comme contre la Russie, un match pour du beurre.

En fait, la vraie nouvelle sportive du weekend, c’est l’élimination de Roger.

Non seulement les Grecs inondent la planète d’huile d’olive et de feta, mais maintenant, ils jouent au tennis !

Et plutôt bien, tant Tsitsipas a dominé le maestro, sans pitié pour son idole de jeunesse.

Sans bavure, et dans tous les compartiments du jeu.

Même au filet.coach

Incroyable, Demis Roussos doit se retourner dans sa tombe.

Dans la foulée, le Suisse annonce qu’il jouera Roland Garros.

Une bonne nouvelle pour ceux qui le verront au printemps Porte d’Auteuil.

Mais peut-être la fin du voyage.

Une sorte de tournée d’adieu.

Le seul Français que cette nouvelle a réjoui, c’est l’omniprésent Patrick Mouratoglou, qu’on a vu tout sourire dans le box de Stefanos.

Deux jours plus tard, Serena se sort miraculeusement des griffes de Simona.

Là encore, Patrick jubile, sa protégée est toujours qualifiée.

J’ai envie de le prendre comme coach, juste pour battre enfin mon pote Guy cette semaine. Un aller-retour vite fait depuis Melbourne, juste pour voir sa tête à la vitre du club-house.

Si jamais dimanche la France se paye une septième étoile, qui vous dit qu’on ne verra pas Mouratoglou, au premier rang, juste derrière le banc de touche.

LE VERRE A MOITIE...

Chef, tu nous remets une ptite demie !

Les optimistes verront le verre à moitié plein.

Défensivement l’équipe de France est en place.

On voit des choses ambitieuses par exemple quand l’adversaire attaque à sept, ou dans les anticipations à l’opposé du ballon.

Les hommes ont beau changer, l’efficacité demeure.

Adrien, Luka ou Ludo au poste trois.

Nikola, Nedim, Dika, Mathieu ou Thimothey en deux.

Une défense conquérante est dans l’ADN des bleus, avec plus de rotation que par le passé. Broyer l’adversaire est toujours d’actualité. Avec un bon Vincent Gérard, comme il l’a prouvé dans le passé. Dans la lignée de son ainé.

Le jeu d’attaque est plus ambitieux qu’avant.

Plus complet. Malgré toutes ces rotations, les fondamentaux sont là.

Les intentions des coachs leur appartiennent, mais le maître mot semble être la confiance.

Faire confiance, même à un jeune joueur, et pourquoi pas dans le money time.

Nicolas Claire au premier match, Melvyn Richardson.

La redonner à un joueur qui en a besoin.

Nikola Karabatic depuis son retour, Nedim Remili après un match moyen contre l’Islande.

Voyons maintenant les pessimistes, ceux qui le voient à moitié vide.

Le management de cette équipe est séduisant et ambitieux. Comme si on devait ne pas se fixer de limites.

Un coaching innovant, avec du caractère.

Trop ?

Pour le moment ça fonctionne, malgré un nul et une défaite.

Surprendre permet de mobiliser tout le monde.

Je ne sais pas si une hiérarchie existe, en tout cas dans l’esprit du staff. Avec des statuts explicites, comme avec Onesta.

Il est trop tôt pour juger si cette méthode est la bonne.

Flashback de quelques mois, faisons un retour en Russie.

Les bleus de Dédé enchaînent les matchs de prépa et ceux du premier tour en pratiquant un football soporifique.

Tous les spécialistes, les professionnels de la profession le crépissent.

Sans retenue, sans ménagement.

Zizou vient de lâcher le Real, l’idole absolue est là prête à bondir si le basque va dans le mur.

Quelques semaines plus tard, la deuxième étoile fait rentrer Deschamps dans la cour des grands, ceux qui ont décroché le graal comme joueur et comme sélectionneur.

Ils sont nombreux le bec dans l’eau, qui auraient mieux fait de la fermer.

Comme toujours, le résultat décide.

C’est ce qu’on verra demain contre les Danois, et j’espère dimanche en finale.

En cas de défaite, les « il aurait mieux fait de », ou les « moi j’aurais plutôt fait ça » tomberont comme à Gravelotte.

Les entraîneurs de comptoir s’en donneront à cœur- joie, les verres se videront surement plus qu’à moitié…

Si une septième étoile tombe dans notre besace, Didier et Guillaume seront les plus forts, les plus beaux et les plus intelligents.

Et le handball français continuera sur sa lancée fabuleuse. Comme si une divinité s’était penchée sur lui à la fin des années 80, l’avait sorti du caniveau pour l’amener au sommet de l’Olympe.

Et qui dans la distribution aura zappé Thierry Henri, qui lui descendra du Rocher…

DIVIN

Quand le sport est beau.

Quand le sport se fait art.

Plusieurs émotions peuvent traverser l’esprit de qui regarde du sport.

Le supporter s’identifie, et va parfois jusqu’à consacrer sa vie à son équipe.

Question de choix, question de culture. Dans certains cas extrêmes, on peut parler de l’intrusion du virtuel dans une vie qui manque de sel.

La bière, les battes et les insultes, certaines tribunes ont depuis longtemps ouvert la voie à ce qui se passe aujourd’hui dans les réseaux dits sociaux.

Une libération de la parole, sans filtre, des flots de haine. La revanche des sans-grades, capables d’idolâtrer comme de cracher leur venin.

Pas de ça dans le hand diraient certains, même si certains crétins s’illustrent dans certaines tribunes.

L’essence de l’affrontement sportif, c’est le suspens.

La fameuse glorieuse incertitude.

On a tous vécu des scénarios improbables, des renversements invraisemblables qui nous retournent les tripes.

Je dois avouer que j’ai toujours un peu de mal à prendre une carte, à supporter sans faille. A part pour Borg, Sampras et Federer, allez savoir pourquoi…

Quant au suspens, il n’y en a pas eu des masses lors de cette demi France/Danemark.

L’évolution du score a été sans pitié pour des tricolores jamais à égalité, hormis à l’engagement !

2/1, 3/2 et 4/1 seront les seules fois où ils reviendront à un petit but des danois.

Certains faits sont parlants.

Le bon match de certains, le moins bon des autres.

L’énorme match de Mahé, Kentin, pas Christophe.

Des adversaires à 75% d’efficacité offensive, des gardiens français à 10% !

Nikola qui ne joue pas…

Laissons les analyses à d’autres, fussent-elles sur le zinc.

Attendons le match pour le bronze, il sera temps de tirer quelques enseignements pour l’avenir, et de se poser les bonnes questions.

Pendant une décennie dorée, la dominance d’Omeyer a expliqué beaucoup de choses. Retrouver ça est quasiment impossible, il faut construire autre chose. Le résultat de nombreux matchs ne tient qu’à un fil, la performance du gardien.

Vincent Gérard en a l’étoffe, il l’a déjà montré. Il lui faudra maintenant confirmer s’il veut entrer dans la cour des très grands.

L’autre question est celle du management, qui sur cette compétition a été très ambitieux, et peut-être trop novateur.

Nikola jouera, jouera pas ?

Trop de matchs à faire, en si peu de temps ?

Il faut certainement voir là les raisons qui ont poussé le staff à faire autant de rotations. Les joueurs les plus efficaces étaient bien là au début de cette demi, mais sans qu’une hiérarchie claire soit établie.

Jusqu’ici dans le sport, un groupe en a besoin, avec des statuts et des rôles bien définis.

Voilà pour cette analyse, qui si elle n’est pas de comptoir est au moins de canapé.

Je me sens coupable car je dois vous avouer que ce match m’a procuré une certaine joie, au-delà de la déception de la défaite, et d’une septième étoile qui s’envole.

L’impression d’avoir été touché par la grâce.

Celle d’avoir eu droit à ma part de divin.

Mikkel Hansen, Mikki pour les intimes !

Comment vous dire…

Pour les chiffres, ça donne un 12/15 au tir assorti de 6 passes D, ce qui déjà laisse rêveur. Mais tout n’est pas là.

Ça va plus loin, bien plus loin.

Une mainmise, une intelligence de jeu, un sujet plus que dominé.

Une copie parfaite.

A la passe comme au tir.

Un de ces moments rares, un instant de grâce dans ce monde de brutes.

Il y avait du Michael Jordan, du Roger Federer ou du Maradona des grands jours.

Quand les frontières du sport sont franchies, que l’efficacité et la facilité se font beauté. Un dieu descendu parmi les hommes pour jouer à la baballe avec eux. L’occasion unique de s’approcher du divin. On pourra tous dire qu’on y était.

Mais ce n’est pas tout chers lecteurs.

Le Viking n’est pas venu seul du haut de l’Olympe.

Melvyn est lui aussi descendu de la montagne.

Dans ce match, il a raté son deuxième tir de la compétition !

Pour son premier mondial.

24/26, avec une créativité de chaque instant.

Le fils Richardson bonifie tous les ballons.

Incroyable.

Il semble né pour chercher, et trouver à chaque fois la bonne solution.

Faire la bonne course.

Poser son pied droit au bon endroit.

Faire le bon choix, malgré trois intentions possibles, tir, passe No 1 ou passe No 2.

Buteur et maître à jouer.

Insaisissable.

Indéchiffrable.

Là aussi du grand art.

Largement au-dessus de la mêlée.

Comme Mikki.

LES CADENCES INFERNALES

Il est toujours utile de replacer certaines choses dans une perspective historique.

Aujourd’hui on atteint tranquillement les 80 printemps alors qu’au XVIII siècle, on cassait sa pipe à 25 ! Du moins pour le peuple, parce que les nobles vivaient 15 piges de plus.

Les choses sont finalement bien faites. Comme ça ils pouvaient profiter de leur château, ce qui est quand-même plus agréable que de cracher ses poumons dans un trou à rat.

Enfin pour les français.

Parce qu’au Zimbabwe, à 35 ans on est un vénérable vieillard sur le point de mourir.

Se plaindre est vraiment une spécialité française.

Henri Salvador nous racontait des salades quand il chantait que « le travail c’est la santé ». Quant à Souchon, oser fredonner qu’ « on est foutu on mange trop » !

C’est vraiment du grand n’importe quoi.

De nos jours, dans nos contrées civilisées, on travaille en une semaine ce que nos ancêtres se coltinaient en même pas deux jours. Et un bonheur n’arrivant jamais seul, c’est le contraire pour la bouffe.

On engouffre dans la journée ce qu’ils grignotaient en sept.

Au moment d’enfiler son gilet, la décence est de mise. C’est comme avec votre femme. Un peu de retenue.

Alors entendre des gars pleurnicher pour une dizaine de matchs en deux semaines !

Le tout en sillonnant l’Allemagne, chichement logés dans des hôtels cinq étoiles, avec buffet ptit dèj à volonté. En plus, il parait qu’il n’y avait pas de gambas avec le saumon fumé au Danemark.

Là aussi, se replacer dans une perspective historique permet de relativiser. Quand je pense qu’à l’époque on mangeait des sandwichs dans le train.

Parfois l’hôtel, pas plus d’étoile que sur la tunique bleue.

Plat de pâtes qui collent, confiture sur la biscotte, avant d’aller se faire châtier contre les Tchèques ou les Hongrois, sans parler des Russes ou des Allemands.

Depuis la révolte des Barjots, le handballeur s’est engraissé.

Comme l’espérance de médaille.

De nulle, impossible fantasme, elle est devenue réalité.

Et même nécessité.

Les jeunes, les filles et les gars, tout le monde s’y met.

L’armoire à trophées de la FFHB est devenue comme le coffre de Picsou.

Elle déborde de métaux précieux.

Bientôt, elle sera trop petite. Il faudra reconstruire la Maison du hand. Là où il y a de la place, dans la morne Brie.

Après l’or des dames en décembre, ces messieurs nous offrent du bronze.

Déçus ?

Satisfaits ?

Allez servir du foie gras à qui ne mange que du caviar !

D’un autre côté, c’est quand même mieux que des rillettes.

Fussent-elles du Mans.

Pas facile à analyser.

C’est mieux que si ça avait été pire.

Mais moins bien que si ça avait été mieux…

Une chose est sûre, la France a montré de belles choses dans le jeu.

Avec des joueurs merveilleux, promesse d’un futur radieux.

D’autres en bout de course, l’avenir nous le dira.

Elle n’a pas été dominante, je la trouve à sa place aux côtés de la Norvège et de l’Allemagne.

Deux fauteuils pour trois, c’est bien d’avoir conquis le bronze.

Demandez aux allemands…

Le Danemark a éclaboussé la quinzaine.

Comme Djoko à Melbourne.

Rafa s’est fait punir, comme la France et la Norvège.

Avec une base défensive nécessaire à toute grande perf, avec 22 buts encaissés en moyenne.

Un Landin enfin régulier.

Une attaque de rêve.

Une alternance magnifique entre jeu de passes et efficacité au tir.

Une balle qui vit, des courses précises.

Quasiment aucun duel joué.

Une philosophie, un style de jeu.

Une certaine idée de la perfection, avec Mikki à la baguette.

J’ai entendu de glorieux anciens regretter qu’ils ne se soient pas fait un peu plus astiquer. Le combat, le fameux ADN tricolore.

C’est vrai que ça eut payé et que ça marche toujours.

Mais j’ai l’impression que ça ne suffit plus, quand les Vikings sont au rendez-vous. C’est juste suffisant quand ils sont un peu moins bien.

Comme Rogers et Rafa, il faut reconnaître qui est le patron.

Et se mettre au boulot pour trouver des solutions.

Les danois ont un coup d’avance.

Ils innovent et créent quelque chose, comme par exemple dans le jeu à trois droitiers.

On peut toujours être plus combattif, plus fort, plus rapide et plus puissant, mais n’oublions pas de mettre aussi quelques neurones dans la bataille.

Dans les années 80, les Yougoslaves avaient inventé la défense 3-2-1 pour contrer des Russes archi dominants.

Avis aux amateurs.

Ou aux professionnels.

Et pour les cadences infernales, après tout n’ai-je pas eu le bonheur, d’écrire dix chroniques en quinze jours…

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