EURO 2020: SAISON INTÉGRALE


SUPER BOCK

Un peu de culture en ces temps qui en manquent cruellement :

Comment dit-on grève en portugais ?

Greve.

Sans accent, en tout cas à l’écrit.

Pas besoin d’une thèse en étymologie pour aller chercher une quelconque racine grecque ou latine, on a tout simplement pris le mot français.

Étonnant non ?

La vox populi considère que les lusitaniens se sont bien intégrés dans le paysage tricolore : ils bossent, vont à la messe et au bistro et font rarement parler d’eux dans les faits divers.

Par contre ils ne font pas la grève.

Au contraire, ils bossent le weekend, du matin jusqu’au soir, et comme Tintin, de 7 à 77 ans. Alors la retraite, …

Tout allait pour le mieux jusqu’au 10 juillet 2016, jour de finale de l’Euro au stade de France. Les choses semblent si bien engagées quand Cristiano, l’Idole de tout un peuple, quitte ses potes à la 25e minute pour aller faire des abdos et aller chez le coiffeur.

Leur niveau de jeu est d’une indigence qui fait passer la bande à Dédé pour le Brésil des années 70. A la 106e, Eder qui passait par là, marque le seul but du match sur le deuxième tir cadré de son équipe !

Quelle tristesse, on ne déplorera pas une seule bagnole cramée sur les Champs-Elysées. Ni le moindre jet de canette de Super Bock sur les forces de l’ordre.

C’est tout juste si La France leur en a voulu, d’autant que deux ans après, les Bleus furent champions du Monde.

Et puis on sait depuis quelques années que les portugais ont de bons joueurs, il fallait bien qu’ils gagnent un titre un jour.

Jusque-là même pas mal.

Des égyptiens, tunisiens ou des brésiliens ont parfois chatouillé l’équipe de France de handball depuis une vingtaine d’années.

On a même vu des belges s’y mettre.

Mais qu’une équipe de portugais botte le cul des experts lors du match d’ouverture de cet Euro !

Où va-t-on ?

Pendant plus d’une décennie, les titres se sont accumulés et cette équipe est devenue une référence, dans le management et l’état d’esprit.

Claude Onesta est même devenu le boss de la préparation olympique du sport français.

Tout le monde loue ce modèle, on parle de valeurs et de transmission. Si la confiance dans des cadres est à la base de cette success story, les résultats ont été tels que la DTN s’est autorisée toutes les audaces, en particulier celle de nommer deux garçons inexpérimentés à la tête du staff. Dès que de nouveaux joueurs sont apparus en bleu, et la liste est assez longue, ça a fait quasiment bingo à chaque fois.

Si cette équipe a réussi à banaliser la victoire, on se rappelle qu’elle avait pris la 11e place de l’Euro 2012 en Serbie, en pratiquant un jeu déplorable. Sans conséquence, puisque quelques semaines plus tard, c’est l’or olympique qui était au rendez-vous. Le stentor toulousain nous avait expliqué, à l’époque, que tout était sous contrôle, l’un expliquant l’autre.

Comme souvent en pareil cas, les victoires n’ont souffert d’aucune contestation.

Sans parler d’arbre qui pouvait cacher la forêt, tout le monde s’est contenté de cette moisson de titres, ce qui est plus que compréhensible.

J’ai souvent dit que cette hégémonie invraisemblable était basée sur une défense de fer, avec Thierry Omeyer en gardien du temple. Un ADN de combat, qui balayait le doute en donnant une confiance inébranlable. Le sentiment que rien ne pouvait leur arriver, qui tolérait parfois un jeu d’attaque dans lequel les joueurs n’étaient même pas dans l’obligation d’en respecter certains principes.

Le chauffeur du bus aurait pu jouer un peu et peut-être marquer un but ou deux.

Les débuts du duo Dinart / Gille ont été un coup de maître, avec un Mondial 2017 maîtrisé de bout en bout.

Une impression de presque trop facile, l’équipe de France a juste été en difficulté un bon quart d’heure en finale contre la Norvège, avant un 10-2 qui les a renvoyés à leurs chères études.

Peut-être la compétition la plus aboutie, avec ce sanibroyeur d’attaques adverses, mais aussi un jeu d’attaque brillant et séduisant.

Après l’argent olympique et le bronze mondial, ce premier match de l’Euro n’a pas été bon.

Le hand n’est pas forcément un sport de stat, et celles d’hier n’expliquent rien.

20% d’arrêts contre 26, 13 pertes de balle contre 12 et 63% d’efficacité au tir contre 68, il n’y a pas là de différence significative.

Par contre, la pauvreté du jeu d’attaque et le manque de réaction face aux options tactiques de l’adversaire sont assez alarmants.

Les joueurs ont montré un manque de confiance en eux et de puissance collective. Il est possible de rater son entrée dans une compétition, mais le nouveau système de qualification va obliger les tricolores à gagner le prochain match, si possible avec un certain écart !

Les norvégiens ont toutes les chances d’être plus orthodoxes que les portugais, qui comme chacun sait, sont de bons catholiques. Il ne sera pas question de réagir à des options surprenantes, mais d’imposer son jeu, ce qui sera peut-être plus facile.

Si ce groupe en a les moyens.

Pas de melonite ou de fausse humilité, il faut aller au mastic en gardant les idées claires.

Il n’est pas toujours possible de broyer l’adversaire dès le coup de sifflet initial. Dans certains cas, un match se joue à un détail, il faut parfois être capable de courber l'échine, rester en vie et de s’engouffrer dans la brèche.

A Berlin, les volleyeurs ont donné une leçon extraordinaire dans leur TQO.

Après une vilaine quatrième place en septembre à l’Euro, pas grand monde n’aurait misé un kopeck sur les hommes de Laurent Tillie.

D’autant qu’un seul sortait de ce tournoi extraordinairement dense.

Les imprévus s’enchaînent et polluent la préparation.

Le kiné, le fils du coach, ...

Ngapeth et Boyer, les deux attaquants stars se sont embrouillés, à tel point que le réunionnais décline la sélection.

Non seulement Jean Patry le remplace, mais surtout, il est le meilleur français à chaque match, en faisant exploser les défenses adverses.

Après s’être payé les serbes au premier match, les bleus perdent 2/0, 7/3 en demie contre des slovènes imprenables. Ils se font maltraiter et sont KO debout, à deux doigts de l’élimination.

Un contre et quelques services d’un certain Patry…, font tout basculer, et patatras, ils s’imposent facilement dans le tie-break.

Le lendemain, le match contre l'Allemagne est presque ne formalité, trois petits sets et puis s'en vont...

On sait que la qualif aux JO passe par une victoire à l’Euro, ou une finale contre le Danemark.

Pour ça, il faudra châtier les norvégiens dès demain.

Dans le cas contraire, un TQO organisé en France en Avril pourrait venir tout calmer, avec deux tickets pour quatre.

Mais n’oublions pas que « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

Et ce n’est pas moi qui le dit, c’est Pierrot.

C’est vous dire si c’est vrai.

COJONES

« Monsieur Foote, vous êtes un salaud ! »

Cette phrase de Thierry Roland en direct sur TF1, suite à un penalty imaginaire accordé aux bulgares par l’arbitre écossais restera culte.

Commenter un match est parfois un exercice d’équilibriste, entre analyste et bonimenteur, et il est difficile de tout dire au micro.

Avec Canal dans les années 80, sous l’impulsion de Charles Biétry, le commentaire sportif a connu sa révolution.

D’anciennes gloires sont devenues consultants, apportant leur légitimité sportive à une certaine qualité qui a fait la marque de fabrique de la célèbre chaîne au décodeur.

En dehors du match, tout est possible.

Le handball n’a pas vraiment de talk-show qui lui soit dédié, mise à part un avant et après-match de quelques minutes, à peu près aussi passionnant qu’un épisode de « L’homme du Picardie ».

Essayez-donc de compter le nombre d’heures d’émissions de foot qui existent sur les chaînes de radio ou de télé.

Mettons de côté les institutions, Téléfoot et les historiques de Canal, à peu près aussi utiles qu’elles sont passionnantes, à moins que ça ne soit le contraire. Tout le reste est une jungle gigantesque dans laquelle se côtoient anciennes stars, maquignons sur le retour et pseudo-journalistes.

Une jungle où l’on peut tout trouver, même le meilleur.

Ou le pire, avec parfois un discernement qui n’a pas grand-chose à envier à la fosse septique des réseaux sociaux.

Quand le ski, le tennis, le basket ou le rugby tentent d’exister médiatiquement, le handball sombre dans un silence de cathédrale.

Rien.

Le néant.

A croire qu’en dehors de la moisson de médaille des équipes de France, tout le monde s’en fout.

A moins aussi que le discours des handballeurs ne soit un peu aseptisé, ou trop convenu pour être vrai.

D’un côté la maîtrise et la compétence, de l’autre l’équipe, les valeurs et la transmission, il faut faire attention à une humilité derrière laquelle pourrait se cacher un beau petit melon.

Certaines personnes feraient bien de ne pas oublier d’où l’on vient, ni que dans le sport, il y a une part de chance.

Au TQO de volley, Laurent Tillie évoque une préparation durant laquelle les galères se sont succédées. Mais dès que la compèt a commencé, il a parlé d’alignement des planètes. On peut faire le nécessaire, mais il faut certaines circonstances pour que cela fonctionne. Et ça se joue parfois à très peu de choses.

Un contre improbable à 7/3 au troisième set pour des slovènes qui semblent tout droit partis pour une victoire facile. Un tir de Nedim Remili qui fracasse la barre, touche le mollet de Bergerud et vient mourir sur la ligne.

Les fins de règne sont souvent houleuses.

Commenter ou intervenir tranquille dans un talk-show sont des exercices qui demandent certaines qualités, mais pas forcément du courage.

Par contre, l’interview d’après- match …

La plupart du temps, c’est un sketch aussi inutile que convenu :

« On va se remettre au travail »

« On était dans le projet de jeu »

« On va prendre match après match »

Je pourrais vous en coller une demi-page.

Mais les jours de défaite cuisante !

Pire, face à la star qui sort d’une contre-performance !

Imaginez-vous avec un micro face à Zidane en 2006 après la finale :

« Heu Zinedine, c’est vrai qu’il a traité ta mère de p… ? »

Ou plus récemment au Japon un soir de quart de finale :

« Dites-moi Sébastien, vous avez plutôt le sang chaud dans les îles du Pacifique ? »

En gros, il est plus facile de baver sur Armstrong dans une quelconque émission que de lui demander sur la ligne d’arrivée de l’Alpes d’Huez si c’est grâce à l’EPO qu'il a marché sur la lune.

L’immense Tony Parker vient de s’offrir une station de ski, un club de basket et quelques modestes joujoux.

Personne ne pourra oublier le joueur qu’il fût, et sa fidélité à l’équipe de France.

En 2015, il sort d’une demi-finale perdue aux prolongations à l’Euro contre nos meilleurs amis espagnols, avec des stats de premier communiant.

David Cozette, derrière le micro après cette claque, n’a pas les burnes d’aborder cette énorme contre-performance avec l’idole. Ni avec le coach, Vincent Collet, qui pourtant l’a fait jouer beaucoup trop longtemps.

L’aurions-nous fait ?

Thomas Ferro Villechaize est le commentateur vedette du handball depuis quelques années.

Toutes les semaines en Championnat, ou à chaque compétition internationale, il s’invite dans le salon des aficionados avec son complice, FX Houlet.

Perso je l’aime plutôt bien, même si c’est difficile de faire l’unanimité.

Certains ne ratent jamais l’occasion de lui donner des leçons de télévision, tout comme des cours de coaching à l’entraîneur des bleus.

Peux ceux qui ont la mémoire courte, ou qui travaillent du chapeau, rappelons-nous qu’aux JO de 2004, un certain Claude Onesta s’était fait sévèrement crépir après l’élimination contre la Russie de Lavrov.

Les mêmes qui lui ont léché les baskets six médailles d’or plus tard.

Mais une chose est sûre, c’est la première fois que je vois un journaliste poser certaines questions franches et précises un soir de débâcle.

Et pas au kiné ou au chauffeur du bus, non, aux deux acteurs principaux, Didier Dinart et Nikola Karabatic.

Deux gaillards aux egos aussi bien fournis que leurs manches sont bien remplies.

Ce journaliste a fait preuve d’honnêteté et de professionnalisme, mais surtout de courage.

Il faut assurément du caractère pour entrer dans certaines arènes où l’adversaire ne vous veut pas tout le bien du monde.

Mais là, Thomas Villechaize en a vraiment fait preuve en n’hésitant pas à demander au technicien français de justifier certains choix discutables.

Ni au meneur de jeu si le lien n’était pas rompu avec le staff.

Franchement bravo Monsieur.

Tu as montré les cojones dont tu parles parfois dans tes commentaires !

LE GRAND PARDON

En fait, contrairement aux apparences, la bande à DD a réussi un authentique exploit : le hand tricolore n’avait plus fait autant parler de lui depuis une affaire restée célèbre.

Les filles, les jeunes et les gars peuvent gagner tous les titres européens, mondiaux ou olympiques, ça ne fait pas quatre lignes dans les journaux. D’ailleurs, on peut prendre quelques minutes pour se demander à qui profite le silence.

Une banalisation de la victoire ?

Une faiblesse culturelle de ce sport ?

Un discours trop convenu de ses acteurs ?

Une fausse modestie derrière laquelle se cache à peine un gros carafon, d’aucuns diraient un manque d’humilité ?

D’habitude, on a une overdose médiatique les lendemains de victoire, puis plus grand-chose. Là on a l’impression d’un feuilleton avec les critiques, les mea-culpa, les analyses et l’union-sacrée pour Tokyo.

On aimerait tous être une petite souris bien cachée dans une gaine d’aération à la Maison du Handball et assister à cette journée de séminaire durant laquelle on va parler, écouter, tout mettre à plat et se mettre en ordre de bataille olympique.

Pour la première fois, on va pouvoir assister à une série, « Road to Tokyo », avec une vraie trame narrative. Un film de Rocky où le héros part de loin, souffre pour sortir de la misère.

Soulever des rondins en Forêt de Sénart, courser des chevreuils et s’inscrire au tournoi sur herbe de Brie-Comte-Robert, beaucoup plus roots que l’immense Challenge Georges Martin de Lesneven, sur les rives du Quillimadec.

L’humiliation, la dépression, le travail, le TQO et la rédemption estivale. Franchement, s’il y a l’or olympique au bout du tunnel, Netflix peut acheter les droits de la série.

Vous me direz qu’il y a dans tout ça un goût de déjà-vu.

En 2012, les bleus avaient fini l’Euro serbe à la onzième place, en pratiquant un jeu inquiétant.

Quelques critiques s’étaient fait entendre dans l’émission « Les spécialistes », à l’époque sur Canal. A mots couverts et dans une atmosphère bon enfant.

Rien d’autre dans les médias, les sites de hand et les réseaux sociaux étaient confidentiels, c’est sur le zinc des comptoirs que fusèrent certaines critiques.

Le tout bien aidé par quelques anisettes, mais avec modération.

Claude Onesta ne pouvait pas être fragilisé, il avait déjà gagné tant de titres. Le toulousain avait coupé court à tout ça en agitant la théorie du mal pour un bien. Nous verrions ce que nous allions voir quelques semaines plus tard à Londres.

Et effectivement nous avons vu.

Champion olympique !

Que pouvait-on répondre à cela au lendemain de cette victoire retentissante ?

Rien, et les questions sur le jeu pratiqué n’étaient que des coups d’épée dans l’eau, auxquels les résultats donnaient la plus cinglante des réponses.

Trouver une lucarne médiatique au milieu d’une telle actu est extraordinaire.

Au programme ces jours derniers, on trouve Adama Cissé, éboueur licencié pour un petit roupillon. Franchement pas de quoi fouetter un chat, d’autant qu’il pourra facilement retrouver du boulot à l’Assemblée Nationale.

Un peu comme pour Laurent-Barthélémy Ani Ghibahi, ce jeune ivoirien qui a préféré voyager sur un train d’atterrissage. Alors qu’il restait des places en Business de ce vol Abidjan-Paris.

Lui aura un peu plus de mal à retrouver du taf.

Les incendies en Australie sont si loin.

Ce n’est quand même pas le décès de quelques koalas qui va nous émouvoir. Ni de quelques kangourous…

Les grèves s’essoufflent. Encore un an et les irréductibles cheminots battront peut-être le record des Gilets Jaunes qu’on pensait inaccessible. Comme d’hab, les profs vont se faire enfumer…

Ségolène, le livret A, les pédophiles, n’en jetez plus.

Mais surtout, on se pose toutes les questions du monde pour les quatre fantastiques du PSG qui ne l’ont pas été tant que ça.

De Philippe Bana à Didier Dinart lui-même, en passant par tous ces spécialistes qu'on ne peut pas soupçonner d'être hypocrites, tout le monde fait officiellement corps derrière cette équipe.

Cette unanimité est émouvante.

La grande famille du handball.

Il n’y a pas un journaliste ou un acteur connu de ce sport pour ne pas se ranger derrière ce discours fédérateur. Les seuls qui crépissent le guadeloupéen sont des « spécialistes » un peu obscurs qui le font bien à l’abri dans les réseaux sociaux.

Tous sauf un, un certain Daniel C., qui lui n’a pas attendu cet épisode pour se montrer expert en savonnage de planche.

Comme à chaque fois, c'est à la fin de la foire qu’on comptera les bouses.

En cas de résultat final positif, tous ces bons camarades seront les premiers à lui cirer les pompes. Dans le cas contraire, les langues se délieront et la succession sera ouverte.

A Malmö, la statue de Zlatan a été vandalisée par des gars qui pourtant vénéraient le géant suédois, jusqu’à ce qu’il achète des parts du Club concurrent.

Autant dire que si le scénario était moins favorable qu’en 2012, celle de DD serait à coup sûr déboulonnée.

AU CŒUR DU GAME

Avant de croiser la route de François Mitterrand, célèbre serial killer des années 70, puis de se tirer une balle dans le pied, le Parti Communiste était sur le devant de la scène politique.

Georges et Liliane Marchais n’ont jamais pu gravir le perron de l’Elysée, mais se sont consolés en s’offrant un petit pavillon à Champigny-sur-Marne.

Se battre contre le grand capital était une entreprise florissante.

La jeunesse, déjà décadente, préférait consacrer son argent de poche pour s’acheter Pif Gadget plutôt qu’au denier du culte !

Une honte.

S’acheter égoïstement un sachet de haricots sauteurs sans se rendre compte qu’un demi-siècle plus tard Notre Dame flamberait comme une torche.

Miroir du cyclisme, du football, de l’athlétisme, tous ces mensuels étaient édités par miroir-sprint, éditeur également succursale du PCF. Les passionnés de sport faisaient œuvre utile en donnant leur oseille pour lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Alors qu’aujourd’hui, ils soutiennent le Rallye Dakar en s’achetant l’Equipe.

Le sport est un miroir de la société.

Le salaire des professeurs est une affaire moins importante que la prolongation de contrat de Mbappé.

Neymar qui met une cartouche, ou Verratti qui en fume une, ça fera toujours plus parler que l’équipe de France de hand qui se prend les pieds dans le tapis portugais.

Mais là-aussi, les choses sont bien hiérarchisées.

Ceux qui ont beaucoup à perdre, ou à gagner, y vont de leur discours hypocrite et faussement fédérateur. Les autres se lâchent dans les réseaux sociaux.

Les deux se retrouvent parfois au comptoir de quelque bistrot, et finissent par tomber d’accord après quelques tournées de petits jaunes.

Dans les années 90, les barjots sont devenus champions du monde.

On peut analyser cet exploit invraisemblable de toutes les manières.

Une chose est sûre, des huitièmes contre l’Espagne à la finale contre la Croatie, les bleus n’encaissent que 20 buts par match.

Pascal Mahé, Jackson, les gardiens et les autres sont les pionniers d’un ADN défensif qui sera la marque de fabrique de l’hégémonie qui allait suivre dix ans plus tard.

Là-aussi il est réducteur de sortir quelques noms du chapeau, mais Didier Dinart et Bertrand Gille sont les deux guerriers qui ont broyé les attaques adverses pendant une décennie. Une période où affronter la France faisait peur à tout le monde.

Et que dire de Thierry Omeyer, le gardien cannibale qui a montré un entêtement presque pathologique à béqueter les tireurs étrangers.

Le serial keeper.

Personne n’oserait dire que ce fut trop facile, ou que le kiné aurait pu être champion olympique en coachant cette équipe.

Par contre, cette confiance défensive indestructible et jamais démentie, donnait un sentiment de confort et de sécurité tactique qui faisait que chacun savait comment aborder un match.

Un projet de jeu diablement simple et efficace.

Et qui fut le bon puisqu’à l’origine de tant de victoires.

Cet avantage psychologique sur l’adversaire permettait à tous de se mettre une pression minimum en attaque : « qu’importe si nous ratons, nous allons les fracasser en défense. »

De fait le jeu offensif tricolore n’a jamais été trop ambitieux, s’affranchissant même parfois du respect de certains principes comme l’écartement, l’étagement, le jeu sans ballon…

Il suffisait la plupart du temps de s’en remettre au talent individuel de certains joueurs, à qui il n’en manquait pas.

Depuis deux, trois ans, la France fait moins peur aux autres nations.

C’est dans l’ordre des choses, et malgré les performances de Vincent Gérard et des gardiens, il apparaît presque impossible de retrouver le niveau de domination qu’exerçait Titi.

C’est beaucoup plus qu’un détail.

C'est un poste de psychopathe, où l’irrationnel fait parfois basculer le sort d’un match.

L’arrêt d’Omeyer en prolongations contre le Danemark, celui de Lavrov en quarts des JO 2004 ; le pénalty arrêté par Tony en finale de Lesneven…

Certaines performances ne sont dues qu’à un geste qui change le cours des choses, loin de toute explication stratégique.

Dès lors, le projet de jeu des français se doit d’être plus équilibré, et donc gagner en solidité offensive.

Deux conceptions peuvent s’opposer.

Celle d’un jeu plus construit, avec un meneur, le fameux demi-centre.

Le Quentin Mahé de 2017.

On ne parle pas forcément de jeu stéréotypé, mais de plus de discipline, avec plus de patience, des annonces et des enclenchements.

C’est ce que réclame par exemple l’immense Daniel Costantini quand il regrette l’absence de Nicolas Claire sur le terrain.

Quelle ironie du sort, quand on sait que le marseillais fut le premier à prôner un jeu sans demi-centre, en laissant Gilles Derot à la maison et en faisant jouer Lathoud et Volle ensemble !

Sinon, on peut imaginer un projet sans meneur patenté, où chacun peut jouer un duel, créer un surnombre et lâcher le ballon à des partenaires qui l’exploitent.

Cela implique à la fois une prise de responsabilité individuelle mais aussi de la discipline collective.

Pour être efficace, il faut que les joueurs respectent ces fameux principes de jeu.

Au final, on n’attend pas forcément de ces garçons qu’ils adoptent exclusivement une conception. L’une n’empêche pas l’autre, et les alterner serait une vraie richesse.

Pour cela, on attend aussi du staff qu’il soit parfois plus réactif et qu’il propose quelque chose de précis quand ça ne tourne pas rond.

Par exemple, quand l’adversaire propose une défense originale, comme la 3/3 des portugais à certains moments. Perso, j’aurais comme FX Houlet, aimé voir proposer des entrées à l’opposé du ballon.

Ou pourquoi pas, par moments, un bon vieux système où l’on envoie un gars au tir ou au duel.

Voire le rappel de principes que les joueurs ne respectent plus.

A la Onesta, quand une voix de stentor réclamait à chaque fois la même chose :

« Prenez de la distance, gagnez vos duels et jouez autour du pivot. »

VIVA ESPAÑA

A la 18e minute de cette finale de l’Euro, les croates mènent 10/7 et rien ne tourne rond dans la maison espagnole.

Alex Dujshebaev fait n’importe quoi, à part scorer, tandis que Rodrigo Corrales a fait autant d’arrêts qu’il y a de cheveux sur le crâne de son entraîneur.

L’équipe pédale dans la paella, Jordi Ribera prend son TTO, le « team time out ».

A part pour les coachs de comptoir, la prise de temps mort n’est pas une science exacte.

On se rappelle ceux de Claude Onesta : « Il faut gagner les duels et jouer autour du pivot. »

Dans un passé révolu, Patrice Canayer avait le don de détendre l’atmosphère en posant le fameux carton vert, alors qu’il menait de quinze buts à la 59e. Le tout en étant premier du championnat avec 49 points d’avance.

Quelques années plus tard, son collègue Thierry Anti reprenait le flambeau avec le H, notamment en 2018 contre les danois de Skjern qui apprécièrent ce trait d’humour à la française. Un hommage rendu au maître.

Si l’un des deux rejoint Guillaume Gille à la tête des Bleus, on risque peut-être de se marrer un peu pendant les temps morts.

Mais revenons à Jordi, le coach ibère, pas le bébé chanteur.

Je n’ai pas entendu les consignes données à ce moment, mais le premier objectif était de casser la dynamique adverse, sans attendre d’encaisser une valise.

Et de joindre le geste à la parole, puisque Peres de Vargas et Maqueda entrent en scène. Six minutes plus tard, trois arrêts de Gonzalo et trois buts de Jorge !

La Roja égalise à 10/10, avant de mener 11/10.

Le coup de maître dans toute sa splendeur, il était impossible de faire mieux.

On pense même que le match est plié à la 36e minute, quand les croates sont menés 16/12. Mais c’est le moment où les espagnols décident de marquer deux buts en quasiment vingt minutes.

Les hommes de Lino Cervar ont le capot qui fume, avec Cindric blessé et après le marathon de la demi-finale. Leur adversaire, malgré une promenade de santé jusque-là, n’est pas beaucoup mieux : il faut dire que pas mal de cadres frôlent la quarantaine.

Cette deuxième mi-temps est poussive, avec un handball de tranchée, digne d’une équipe lorraine des années 80.

Mais il connait pas Raoul ce mec, les coéquipiers d’Entrerrios mettent un 4/1 décisif dans les six dernières minutes, avec deux arrêts décisifs de leur gardien.

Les espagnols enquillent leur deuxième titre européen d’affilée. Cette génération arrive au bout d’un cycle commencé par un titre mondial en 2013, et elle aurait très bien pu y ajouter l’or olympique en 2012 sans un éclair de génie d’Accambray.

Les croates ne seront toujours pas champions d’Europe. Malgré tout, ils ont trouvé un style, et semblent partis pour durer plus longtemps. A condition de trouver un gardien et éventuellement un arrière gaucher plus percutant que Stepancic. Et de bien gérer l’après Cervar, si ce dernier décide enfin d’arrêter.

Et la France dans tout ça ?

Le coach Didier Dinart a gagné trois breloques, une d’or et deux de bronze, après l’argent de Rio comme adjoint d’Onesta.

En trois ans, c’est la première campagne où il revient bredouille.

C’est un bon palmarès, seul Claude Onesta a fait mieux.

Et encore, pas celui d’avant 2005, qui lui, n’avait rien gagné.

Aux commandes des Bleus depuis 2001, le Toulousain ronge son frein échoue aux Euros 2002 et 2004, décroche le bronze mondial en 2003 et se fait sortir en quarts aux JO d’Athènes. Il finit troisième au Mondial Tunisien de manière miraculeuse. Un prodige qui lui permet certainement de sauver son poste à la tête d’une équipe au potentiel incroyable.

Personne n’aurait crié au scandale s’il s’était fait limoger en 2004 ou en 2005.

Depuis, on a appris à connaître ses qualités, dans le management sportif comme dans la communication, et on imagine qu’il a dû trouver les mots pour rassurer pour rassurer tout le monde, joueurs, Président et DTN.

A cette époque, il n’y a pas de réseaux sociaux et la presse se montre bienveillante à son égard. Là- aussi, il fait profil bas et emploie les mots qu’il faut pour calmer les esprits.

Les critiques fusent moins dans les journaux que dans les buvettes des gymnases, où comme chacun sait depuis la loi Evin, l’alcool est interdit.

Pour vivre heureux, restons muets.

Bien en a pris à ces messieurs de respecter ce précepte, surtout quand on sait la décennie dorée qui s’en est suivie.

Quel que soit son travail sur le banc tricolore, Didier Dinart s’est montré maladroit dans sa communication.

Il s’est fait allumer dans les réseaux sociaux, et derrière son micro,Thomas Villechaize s’est montré moins bienveillant que ne le fut Frédéric Brindelle avec son prédécesseur.

Si Onesta n’avait pas été ouvertement critiqué, Dinart lui, l’a été, et n’a pas réagi de la bonne manière. Profil bas et humilité, de façade peut-être, avec un petit « c’est de ma faute, on va se remettre au travail », l’auraient sûrement moins desservi.

En interne c’est pareil, le courant ne passait visiblement plus trop avec certains joueurs. Les langues se sont déliées après cet échec, et on les a écoutées.

Philippe Bana est DTN depuis vingt ans, c’est dire s’il maîtrise les ingrédients de la haute performance.

Je ne sais pas s’il est en total contrôle de sa communication depuis quelques semaines, mais à défaut de nous convaincre, il nous a bien fait rire.

A un journaliste du Parisien qui évoque une crise, il oppose plutôt le terme d’urgence, une urgence olympique :

« C'est ça l'état d'urgence. Manager le temps, les relations humaines dans ce climat-là. Ce n'est pas simple, mais je l'ai déjà vécu, on a du recul, du savoir-faire. On est humble, également. Je ne suis pas du genre à jeter les gens comme des kleenex. Chez nous, on est plus « bouteille de vin » à qui on laisse plus le temps de maturer que le kleenex. »

Une métaphore viticole qui fleure bon la France et les valeurs du handball.

Quelques jours plus tard, on apprend l’éviction du guadeloupéen.

« On a identifié une souffrance réelle interpersonnelle avec les athlètes qui montrait un émiettement. J’ai trouvé des vrais déchirements, une rupture de liens parce que la crispation de Didier l’avait amené à s’isoler, et qu’on n’a pas été capables de le sortir de cette spirale presque conflictuelle. Cette perte de sens et de lien, on l’a trouvée en discutant avec tout le monde mais elle posait la question de la cassure d’un lien sacré. Est-ce que cette équipe était capable de relever le challenge olympique dans cet état de fracturation, de doute ? »

Après le pinard et la force du temps qui passe, c’est le sacré qui s’invite au bal. Avec en prime un cadeau, une magnifique batterie de casseroles pour l'avenir de sa carrière d'entraîneur.

Comme à chaque fois dans ce sport, c’est la vérité du terrain qui dictera sa loi.

Si la Patrie en danger se qualifie pour ses huitièmes Jeux consécutifs, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Cet épisode ne sera plus qu’un souvenir comique.

Sauf pour « Le Roc », et pour celui qui a dû prendre son téléphone pour lui annoncer l’assombrissement de son horizon.

Jamais facile ces choses-là…

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