J'VOUS L'AVAIS DIT


En cette période tourmentée, autant voir le bon côté des choses.

L’occasion est trop belle de relire A la recherche du temps perdu, ou Les Rougon-Macquart, encore plus long.

Quand certains remplissent leur coffre de sacs de riz et de rouleaux de PQ, faire une razzia chez Bricorama serait plus subtil. Sacs d’enduit, pots de peinture, ponceuse et pinceaux, vous auriez eu le nez creux d’y acheter de quoi refaire votre logement.

A part pour ceux qui se reposent dans quelque service de réanimation, ce n’est pas le temps qui manque aujourd’hui. Entre une heure de gainage et une conserve de petit salé aux lentilles, autant s’occuper utilement quand les jours s’écoulent au rythme d’un épisode de L’homme du Picardie.

Vérifiez juste que la conserve ne date pas du siècle dernier, le botulisme est encore moins drôle que le COVID-19.

Heureusement pour ceux que Proust, Zola ou le bricolage rebutent, il reste notre bonne vieille télé. Les séries par saisons entières, les films culte, les classiques, tout est bon pour poser ses fesses dans le canap’, bien installé en face de l’écran.

Du temps à revendre, canette dans une main, télécommande dans l’autre, toutes les conditions sont réunies pour se gaver de boxe, de tennis, de foot, de formule 1…

Toutes sauf une, et de taille, il n’y a plus de sport !

Adieu veau, vache, Euro, jusqu’aux JO qui sont reportés aux calendes grecques.

Plus de foot, non, mais vous rendez-vous compte ?

A ce jour, on ne sait pas quand sera joué le match retour d’Amiens à Reims ; ni si Niort sauvera sa tête en Dominos Ligue 2, mais la bonne nouvelle est qu’avec 34 points, Châteauroux semble hors de danger.

Les uns après les autres, les Clubs mettent leurs salariés au chômage technique. Quel scandale, Neymar ne va gagner que trois fois le SMIC en mars, alors que d’habitude il le fait en une heure. Encore quelques semaines et on risque de le retrouver avec des trappeurs roumains, dans une cabane au bord de l’Autoroute A4.

Alors il reste les rétrospectives, les matchs de légende.

98, 2018, deux étoiles sur le cœur, ne nous privons pas de ranimer la flamme d’une fierté nationale qui vacille.

Aimée Jacquet et DD sont des icônes indéboulonnables, mais qui se souvient aujourd’hui des flots de haine dont ils ont été victimes, les semaines qui ont précédées le titre suprême ?

En tout cas, pas ceux qui ont largement participé à ce lynchage, et qui ont rejoint sans vergogne les hordes de flagorneurs.

Les lèche-culs, si on veut être moins polis.

Et ça marche bien dans les deux sens.

Il n’est pas rare de voir brûler ce qu’on a adoré.

La haine de certains est parfois proportionnelle à l’amour qu’ils éprouvaient au début.

Ce virus couronné n’échappe pas à la règle.

La grippette de janvier s’est muée en pandémie mondiale, un fléau qui va dévaster l’Ancien monde.

Des virologues les plus doctes aux professeurs émérites, tout le monde s’est planté. Alors les politiques !

Et que dire des consultants, journalistes et spécialistes en tout genre qui ont inondé le caniveau des réseaux sociaux.

La Cour des comptes a estimé à 660 millions le coût de la gestion de la grippe H1N1 par Roselyne Bachelot. Un virus qui, en 2009-2010, a officiellement envoyé quelques dizaines de français dans les champs de pissenlits, alors que la grippe saisonnière en tue des milliers.

Dans le monde, l’OMS estime à 200 000 le nombre de victimes, un chiffre qui pourrait être deux fois supérieur.

Réquisitions des gymnases, des personnels de santé, campagne massive de vaccination et achat de millions de masques, la Ministre de la santé restera à jamais celle qui a claqué quelques patates pour pas grand-chose.

Parole d’hypocrite, serment d’Hippocrate, ceux qui l’ont abondamment clashée sont les mêmes qui aujourd’hui fustigent le gouvernement.

Le meilleur système de santé au monde a estimé en 2012 sous François Hollande que le principe de précaution avait ses limites : les stocks de masques n’ont pas été renouvelés.

Sous son ex-fils spirituel, les mandarins qui gravitent près du manche n’ont rien vu venir, malgré un épisode chinois qui a fait marrer tout le monde.

Un coronavirus avait donné le SRAS en 2003, mais en restant confiné en Asie. Bien fait pour eux.

Pas le meilleur moyen de prendre son cousin de 2020 au sérieux.

Et c’est exactement ce qui se passe, personne n’a vu venir la vague.

Personne n’a cru bon de déclencher le Plan Orsec en janvier, alors qu’il était encore possible de se préparer à affronter le monstre.

Nez dans le guidon.

Confiance dans sa force.

Ça n’arrive qu’aux autres.

Jurisprudence Bachelot, peur du ridicule…

Nos dirigeants naviguent à vue, pas un n’a les couilles de dire simplement qu’il ne savait pas, ce qui après tout n’est pas un crime.

Personne ne savait.

Mais comme d’hab’ en pareil cas, les pires sont de la famille des yavékas, sous espèce des yakafocons.

La race de ceux qui réécrivent l’histoire ou rejouent le match, mais après coup.

Des crétins protégés par l’armure de leur ego, armés de leur connerie et de leur mauvaise foi.

Il suffit d’appuyer sur le bouton pour les entendre débiter leur leitmotiv :

« J’vous l’avais bien dit ! »

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