BareBaQuing

May 19, 2020

   A votre avis, de quoi peut avoir envie quelqu’un qui sort de prison ?

Un plateau de fruits de mer en terrasse, sur le port de Concarneau, un verre de Chablis sur une terrasse du Quartier Latin. Aller embrasser ses enfants, leurs parents, marcher sur une immense plage des Landes ou se laisser rouler dans l’herbe grasse d’un alpage…

Ou un seau d’eau glacée pour ceux qui ont noué de belles amitiés carcérales.

Là-aussi, arrêtons un peu de tourner autour du pot.

On sait tous qu’un enfermement excessif peut pousser n’importe qui à des extrémités que la morale réprouve.

Une période de solitude qui se prolonge est généralement suivie d’une forte perturbation de la libido, avec une sévère augmentation de la pression intra-glandulaire. Surtout si contrairement à Vincent Cassel, vous avez la malchance de ne pas être confinés avec Monica Bellucci.

La plupart du temps, on veille à se faire plaisir après des heures sombres, guerres, épidémies ou catastrophes naturelles.

Le Berlin des années 20, par exemple, était un clapier que ne renieraient pas ceux qui ont connu Woodstock, le Club Med ou certains EHPAD.

 

Bref, mettons-nous d’accord sur le fait qu’une personne qui sort d’un séjour à l’ombre n’a souvent qu’une envie : mettre une cartouche, ou la prendre selon les cas.

 

Maurice et Yvette Delbœuf  forment un couple idéal.

Mariés depuis un quart de siècle, ils ont donné naissance à deux enfants : le choix du roi, une fille et un garçon qui aujourd’hui volent de leurs propres ailes.

Si on entend à longueur de journée que le confinement a été un désastre pour certains couples, eux en ont profité pour se retrouver. Pas plus à Venise, qu’à Marrakech, non chez eux, à Pontault-Combault.

Maurice a un bon coup de fourchette, quant à Yvette, c’est une sacrée gourmande. Ils ont réussi à faire de leur F3 avec une grande terrasse de 14 m2 un royaume où l’amour est redevenu roi.  

Miraculeux !

Ils ont su prendre le temps de redécouvrir cet autre qui devenait un étranger. Un désir ardent et voluptueux s’est invité au bal de leurs nuits, de leurs siestes, et bien plus encore.

Comme quand ils étaient mômes.

Une deuxième lune de miel, 35 ans après la première.

 

Mai est le mois des barbecues.

Le soleil brille généreusement ce weekend, les Delbœuf sont invités chez des amis pour partager quelques grillades. Comme le dit l’adage, Madame fait ce qu’il lui plaît. Le vent fripon souffle sur sa jupe légère, découvrant par moments le galbe parfait d’une cuisse bronzée.

D’autres couples sont venus, les coupes de champagnes fleurissent, on trinque, on se présente, on parle de tout et de rien.

Un foutu virus a pris le pouvoir, obligeant le gouvernement à fermer les lieux de convivialité, au motif que des clients écervelés y feraient n’importe quoi.

Même si on est loin de l’ambiance torride de certains établissements de nuit, les molécules d’éthanol détendent l’atmosphère et délient des langues qui pendent de plus en plus.

 

Yvette est resplendissante.

Elle attire bien des regards, dont certains qui pétillent.

Maurice lui, est comme un épagneul qui a la queue qui frétille.

La suite s’annonce délicieuse, une partie de plaisir intense, une véritable foire aux saucisses.

Les Delbœuf ne sont pas des perdreaux de l’année.

Ni des rugbymen en goguette.

Il n’y a aucune ambiguïté sur la raison de leur venue ici. Ils s’en délectent d’avance mais savent bien que le plaisir est souvent dans la quête.

Alors ils observent, jaugent, laissent le désir monter. Pas question de se jeter comme des morts de faim à la première occasion.

Certains ont l’air de beaux morceaux, certaines sont bien appétissantes…

 

Mais il arrive un moment où la délicatesse a ses limites.

Trop se retenir n’est pas toujours très bon. Maurice et Yvette n’en peuvent plus, ils sont sur le point de commettre l’irréparable. Au mépris des consignes médicales qu’on entend en boucle sur toutes les radios, le couple pète un câble.

Ils fulminent et prennent la lourde décision de se libérer de ce carcan insupportable, de s’assoir sur les gestes barrière.

Ils s’approchent d’un groupe agglutiné autour d’une grille métallique derrière laquelle un grand gaillard SM, à moitié torse nu, brandit une pince en inox.

La température monte de quelques degrés.

Yvette se faufile, Maurice la suit de près, presque à la coller.

Elle enlève son gilet, et lui sa veste.

N’en pouvant plus, d’un geste à l’érotisme sauvage, ils s’arrachent mutuellement leur masque en latex naturel.

Ils se sentent prêts à franchir le cap.

 

  • Merguez ou chipo ?

  • Merguez mon chéri, je vais voir s’il y a du ketchup.

 

 

 

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