STOP COVID (PARTIE II)

Été 2016.

Sortie de Pokémon Go.

En quelques semaines, l’action Nintendo prend 93% à la bourse de Tokyo. Bobby Axelrod lui-même, le multimilliardaire de la série Billions, n’avait rien vu venir. L’appli rapporte dix millions de dollars par jour !

Dans les cours d’école, nos chiards ne jouent plus à la marelle ou à poule-renard-vipère : tout le monde chasse Bulbizarre, Salamèche et Pikachu ; même les profs, qui pour la première fois délaissent la lecture de Karl Marx.

Il n’y a guère que dans les établissements scolaires de Salt Lake City que les écoliers mormons continuent à jouer au KKK, avec une taie d’oreiller sur la tête. Très prisé par les jeunes afro-américains perdus dans l’Utah.

Hiver 2038.

Comme il se doit, le mois de Novembre est maussade. A midi, le thermomètre atteint à peine les 29 degrés !

Vivement le printemps, qu’il dépasse enfin la température rectale.

Froid et humide, il a déjà plu au moins trois fois depuis l’été.

18 ans plus tôt, un chinois, un pangolin et une chauve-souris ont fait une petite blague qui a changé la face d’un monde à bout de souffle. La version culinaire de l’effet papillon : pas de battement d’ailes, mais un coup de fourchette aux effets plus dévastateurs qu’un tsunami géant ou une catastrophe nucléaire.

Plus personne ne sait si on en est à la 25 ou 26e vague, ni ne connait le nombre réel de décès dus au Coronavirus.

En France, pays bien connu pour son extrême transparence, le Professeur Jérôme Salomon lui-même a stoppé son décompte macabre à 127 685. Cet expert-comptable en cadavres, était pourtant un brave praticien qu’on écoutait beaucoup, quelqu’un dont les conseils valaient de l’or :

- Conseiller santé d’Emmanuel Macron.

- Conseiller en charge de la sécurité sanitaire de Marisol Touraine.

- Conseiller technique, santé publique et sécurité sanitaire » auprès de Bernard Kouchner.

- Chef de projet dans le cadre d’un groupe de travail de la Haute autorité de santé sur la maladie de Lyme.

- Membre du conseil d’administration de l’agence sanitaire Santé publique France.

- Président du syndicat national des spécialistes de santé publique.

- Salarié de l’Institut Pasteur.

Heureusement pour son modeste compte en banque, les conseilleurs sont rarement les payeurs.

Critiqué dans sa gestion de la crise, le Directeur général de la santé sera scandaleusement mis à pieds durant l’été 2020, sans perte de salaire mais heureusement pour lui, avec maintien pendant trois ans de sa voiture avec chauffeur, une banale DS7 Crossback ; et de son logement de fonction, un humble duplex d’à peine 170 m2 sur l’Ile Saint Louis.

Comme des millions de Français, Jéjé va prendre de plein fouet la crise économique qui suivra. Il tombera bas, bien bas. On raconte que certains témoins l’auraient aperçu officiant dans un cabinet médical à Pontault-Combault.

En 2022, Didier Raoult, encore un mandarin, renvoie Edouard Philippe à ses chères études havraises au deuxième tour des présidentielles. C’est pas grave, Doudou a l’habitude.

Il débute son mandat par quelques mesures phares.

Marseille devient la capitale du pays, au grand dam d’Anne Hidalgo qui pour protester, s’immole sur la place de l’hôtel de ville.

Comme le verre de lait dans les années 50, il rend obligatoire le shot d’hydroxychloroquine dans les écoles françaises.

Il multiplie par trois le salaire des personnels de santé, ce qui donne à Jérôme Salomon la possibilité d’acquérir un jet privé. Pas de yacht, le pauvre homme souffre du mal de mer.

Il décide de financer cette mesure à peine coûteuse en taxant les coiffeurs d’un impôt sur la fortune.

Malheureusement, les profs, les retraités, les policiers, les gardiens de prison, les facteurs, les paysans, les routiers, les gilets jaunes, les intermittents du spectacle, les cafetiers, les forains, les pêcheurs de perles et les chiens d’aveugle s’engouffreront dans la brèche. Mais il ne restera que peu de marrons dans le feu, et en 2025, l’Etat sera officiellement en faillite.

Une sorte de Meilleur des mondes, dans lequel les alphas sont une caste formée par les hommes politiques, les médecins et les employés de l’INRIA.

L’Institut national de recherche en informatique et en automatique.

Cette officine ministérielle pilote en particulier la stratégie française de recherche en intelligence artificielle.

Les GAFA, géants du début du XXIe siècle, sont devenus des nains de jardin.

Il faut dire qu’à la fin de ce printemps 2020, l’INRIA lance STOP COVID.

L’appli qui changera la face du monde.

Les débuts sont hésitants, et la méfiance est de mise. La France est le pays des libertés. L’altruisme et la discipline citoyenne n’en sont pas les caractéristiques principales.

Partout dans le pays, des assemblées populaires se constituent et leurs membres téléchargent l’application.

La vague est gigantesque, plus encore que Pokémon Go.

Contrairement à Nintendo, l’institut national n’est pas coté en bourse, mais ça ne l’empêche nullement de passer à la caisse.

Et de s’engraisser plus que de raison.

Dès 2030, ses dirigeants érigent des cités desquelles le COVID est banni. Des baronnies surpuissantes, véritables états dans l’Etat

Des micro sociétés totalitaires, des dictatures médicales, où chacun est guidé pas à pas par l’application.

Une sorte de super Waze qui vous balance une décharge électrique dès que vous sortez des clous. Dans les premiers temps, les intentions semblent louables puisqu’il s’agit de pourchasser le virus. Ceux qui sont infectés sont inlassablement poursuivis, les pogrom anti-contagieux se succèdent. Les malades sont arrêtés et jetés sans ménagement hors des frontières du monde sain, ainsi que leur famille et ceux qui les ont fréquentés de trop près.

Le 5 août 2031, le virus est officiellement déclaré éradiqué des cités.

Chaque habitant a téléchargé l’application, parmi le milliard qui peuple les terres civilisées.

L’INRIA mène le monde à la baguette, les anciens hauts-fonctionnaires sont devenus des oligarques, à côté desquels Poutine et ses potes passent pour des boulistes au camping de Melun.

Ces braves philanthropes se doivent d’organiser l’expansion d’un marché qui ne peut stagner. C’est une nécessité vitale.

A la fin des années 30, on commence par certaines minorités.

Dans les années 40, la purge prend une nouvelle dimension, et on décide de ne garder que les hommes politiques et le personnel médical.

Et puis, arrivent les années 50, l’IA met tout le monde d’accord : les humains sont tous chasseurs, et proie…

Cette espèce singulière a réussi l’exploit de s’auto-éradiquer.

Quelques 20 siècles plus tôt, un certain Jésus donnait quelques conseils à ses semblables.

Mais les choses évoluent, et les ordinateurs ont un peu trafiqué son deuxième commandement :

Tu chasseras ton prochain comme toi-même.

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