LA MORT, LA CHÈVRE ET LE CLÉBARD


La Mort ne surprend point le sage ; Il est toujours prêt à partir, S'étant su lui-même avertir Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.

Notre meilleur ami ne sait pas qu’il va crever,

Toujours enclin à renifler quelque pastille,

A l’heure du grand départ sa queue frétille.

Ni messe, ni curé, pas le linceul dont on revêt

Le moindre macchabée au seul motif

Que ce pauvre Adam eût jadis le vice

De mettre une cartouche à cette tentatrice.

Sans lui faire sa cour, dégraphant son soutif.

Si le toutou n’a pas toujours la vie belle

Que dire de sa cousine à barbiche !

Le rugueux berger l’honore dans la friche,

Résonne sur ces pentes cette chèvre qui bêle.

Le fil est mince, passer de vie à trépas :

C’est précisément ce qui le turlupine.

L’homme qui se meurt ne le souhaite pas,

Le couard qu’il est sombre dans la chopine.

Tu murmures, vieillard ; vois ces jeunes mourir, Vois-les marcher, vois-les courir A des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles. J'ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret : Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

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