VIVA LA VIDA


En 1986, Mitterrand savait depuis longtemps que sa prostate n’allait pas le rater.

Michel se laissait aller à écrire des chansonnettes légères comme la brise.

Fugain, pas Rocard qui, lui, serait 1er ministre deux ans plus tard.

Tu claques la porte et tu descends l’escalier

T’arrives en bas, la rue est là

C’est plein de bruits, d’odeurs et de fruits défendus

Et c’est qu’un début

Et t’as pas tout vu

La rue c’est la vie qui va

Viva la vida la vida

C’est là qu’on vit là qu’on va

Viva la vida la vida

Lève les yeux et tu vois

Du bleu en haut des toits

Chaud le soleil et chaud chaque pas

Qui va Viva la vida

34 ans plus tard, Michel est toujours là même s’il n’est plus très frais.

Fugain, pas Rocard qui, pour sa part, l’est encore moins que le chanteur du Big Bazar.

Maurice n’est ni chanteur ni haut fonctionnaire en détachement.

C’est un français moyen.

Les vacances estivales n’ont pas été exceptionnelles, pas d’escapade aux Seychelles, ni au VVF de Saint-Jean de Monts.

Alors, pour passer le temps sur son balcon, il écoute Rire et Chansons en boucle. A dix heures du matin, la chaleur est déjà écrasante. Malgré quatre douches froides et un ventilateur bi-turbo, sa nuit a été aussi courte qu’étouffante.

Et pourtant, il est aussi seul dans son lit que si sa femme l’avait quitté.

Pour la 10e fois en trois jours, il entend Retour des vacances, célèbre sketch de Chevallier-Laspalès…

A 10H15, sa décision est prise, il part au camping de Melun pour manger un Magnum double-chocolat au bord de la piscine. Il aimerait tant y amener ses enfants mais, au dernier moment, il se souvient qu’il n’en a pas.

11H02.

Il monte dans le RER D à Juvisy-sur-Orge, direction la grande préfecture seine-et-marnaise.

12H14.

Il sort de la gare ; une heure douze pour faire 32 km. Pas de chance, il a raté le direct de 10H59. La prochaine fois, il ne se lavera pas les ratiches.

Dans le train, son voisin lui a expliqué que le port du masque était obligatoire dans certains secteurs de Melun, pas dans tous.

Globalement, tout le monde en a un, et il décide de garder le sien pendant le périple de 3 km qui doit le conduire à ce petit paradis en bord de Seine.

13H04.

Visiblement, son sens de l’orientation lui joue des tours, et son BlackBerry n’a pas de GPS. Heureusement, Maurice est quelqu’un d’assez logique. Il se dit qu’une fois sur la rive, il lui suffira de suivre le fleuve.

Il débarque dans la majestueuse cité administrative, quai Hippolyte Rossignol.

Il fait 38° à l’ombre, à condition d’en trouver un peu. Il sue comme un cochon et décide d’enlever son masque chirurgical.

Il tourne à droite et sait qu’il ne peut pas rater le camping.

13H18.

Il passe la prison et arrive au centre-ville.

Il a soif et décide d’aller s’acheter une bouteille d’eau, fraîche si possible.

Il monte les escaliers du quai, tourne à gauche et …

  • Police nationale !

  • Bonjour messieurs.

  • Vos papiers SVP !

  • Heu pourquoi ?

  • Vous savez que le port du masque est obligatoire dans le troisième secteur, entre les rues de Paris et celle du Général de Gaulle.

  • Heu non je pensais qu’en bord de Seine…

  • Mais, vous êtes remonté Monsieur.

  • Mais j’avais soif, et sachez que la voisine de la belle-mère de mon cousin est décédée en juillet…

  • Ok, ça nous fait 135 €, vous payez comment ?

  • Vous acceptez les chèques-vacances ?

  • Non, pas encore.

14H14.

La terre promise.

Maurice n’en peut plus, il se précipite au comptoir du vendeur de glaces.

  • Bonjour Mademoiselle.

  • Madame.

  • Non moi, c’est Monsieur.

  • Moi, c’est Madame !

  • Ah d’accord, un Magnum double-chocolat SVP ?

  • Désolée, je viens de vendre le dernier il y a deux minutes. Il me reste chocolat blanc, classic ou amandes…

  • Ne me parlez pas d’amende SVP, tant pis, donnez-moi un whisky.

  • Glace ?

  • Donnez-moi la bouteille.

17H19.

Maurice repart, bien calé debout dans le RER pour Juvisy.

Il porte son masque chirurgical depuis sept heures, à une exception qui lui a coûté un bras.

Encore l’omnibus, il a raté de peu le direct de 17H16.

Pas grave, il dormira un peu, quoique plus facile à faire dans un siège tagué.

17H43.

Corbeil-Essonnes.

Un groupe de jeunes assez bruyant le sort de sa torpeur alcoolisée. Aucun ne porte le masque.

Une personne âgée le leur fait gentiment remarquer.

  • Le port du masque est obligatoire dans les transports !

  • Wesh, elle est sérieuse la vieille.

  • Bande de voyous !

  • On va te niquer sale pute !

Voyant que la brave dame va en prendre plein la tronche, Maurice décide courageusement d’intervenir.

  • Voyons les gars, calmons-nous un peu.

  • Qu’est-ce qu’y nous veut ce boloss ?

  • Allez …

  • Viens frère, on va le niquer ce bouffon.

22H47.

Hôpital de Juvisy-sur-Orge.

Déjà quatre heures que Maurice attend dans un box des urgences.

Radio, scanner, points de sutures… Il ne reste que le plâtre à faire pour sa fracture du poignet, mais malheureusement pour lui, le maçon de service est retenu pour un accident de voiture qui a fait sept morts.

1H05.

Enfin de retour à la maison.

Vive la COVID et les Tarterêts !

Michel Fugain est vraiment un escroc.

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