DONALD SANS FILTRE


L’hôpital militaire de Walter Reed n’a pas grand-chose à voir avec le Centre Hospitalier de Juvisy-sur-Orge.

Et pourtant, deux patients de 74 ans ont été admis la nuit dernière dans ces deux établissements de santé.

Marcel, retraité, ne se sentait pas trop bien ce vendredi 2 octobre. Il a dégainé son téléphone à clapet et a demandé à son neveu de le déposer aux urgences en Logan 1.2 L DCI.

Donald, milliardaire d’opérette, a pris son bol d’eau de javel et sa piquouze journalière d’hydroxychloroquine. Comme il se sentait un peu faiblard, il a hélé son fidèle majordome.

  • Hi Miguel, fais chauffer l’hélico, on va faire un ptit tour !

  • Si señor.

  • Mais Miguel, vous êtes Mexicain ?

Melania, quant à elle, semblait essoufflée après seulement 2H30 de Pilates.

  • My love, prends quelques affaires, on part en vacances.

  • J’emporte mes tailleurs Chanel ?

  • Non pas plus de trois-quatre malles ma chérie.

  • Et toi, n’oublie pas la valise.

  • La valise ?

  • Tu sais, celle avec le gros bouton rouge.

  • Fuck, je ne me souviens plus où elle est !

Marcel est un ancien ouvrier, comme on en fait plus trop.

Avant de finir sa longue carrière dans les bureaux, il a manié le marteau des décennies durant à l’atelier. La faucille n’était jamais très loin.

Un milieu où l’on est souvent défini par son apparence physique :

« Le grand, le gros, le noir, l’Italien, le chauve, … »

Un monde masculin et hétérosexuel, qui fleurait bon le gros rouge et la testostérone ; avec une touche féminine plus dénudée sur des posters que comme collègues de travail.

Donald pèse 2,5 milliards de dollars. Il a fait sa fortune dans l’audiovisuel, l’immobilier et accessoirement sur une dette de 450 millions.

Une broutille.

Marcel avait emprunté 12 millions d’anciens franc dans les années 70, pour acheter son pavillon à Pontault-Combault. Une somme remboursée depuis belle lurette, c’est le seul crédit qu’il ait jamais contracté dans sa vie.

On pourrait discuter des heures sur le racisme, le sexisme et l’homophobie en vogue dans les usines de France et d’ailleurs.

Les « salope, fiotte ou arabe » ont émaillés et émaillent encore le zinc de quelques bistrots où l’anisette coule à flots. Mais pas seulement, il suffirait de mettre un micro dans un déjeuner dominical, un vestiaire sportif ou une réunion à la FFF…

Autant de procès qui se perdent.

Et que dire des cours d’école !

  • Maman, y’a une fille qui m’a dit que j’avais un gros nez.

  • Ah bon, et elle t’a dit ça comme ça ?

  • Non je lui avais dit qu’elle avait de grosses fesses.

  • Et tu ne les as pas touchées ?

  • Non j’te jure.

  • Chéri, appelle notre avocat, je vais déposer plainte au commissariat.

Liberté, égalité, fraternité…

Cette devise est aussi belle qu’inaccessible.

Une utopie plus facile à lire sur le fronton d’une mairie qu’à constater dans la réalité. A défaut d’être égalitaire, la France est devenue égalitariste, avec un tas de mécanismes censés rétablir la justice.

Au-delà de l’usine à gaz sociale, administrative et législative, ce pays est devenu le royaume de la précaution.

Une précaution érigée en principe, le sport national est de tout faire pour se protéger, afin d’être inattaquable en cas de problème.

Que vous soyez politique, parent, fonctionnaire, cadre, employé, journaliste ou garde-pêche, il est plus urgent de faire attention que de faire.

Être consensuel et politiquement correct.

Ne pas heurter certaines minorités honteusement discriminées.

Ne pas agir sans avoir ordonné un sondage.

Ne pas parler sans avoir répété son texte avec ses conseillers en communications.

Ne pas écrire sans avoir consulté son avocat.

L’énergumène peroxydé qui sévit de l’autre côté de l’Atlantique est tellement irréfléchi qu’il en est dangereux.

Complotiste, raciste, sexiste, beaucoup de -istes…

Homophobe, xénophobe, islamophobe, on peut aussi ajouter une longue liste de -obes…

Quelques tweets ravageurs ont bâti sa légende :

« Obama est le fondateur de Daech. Et le cofondateur est Hilary Clinton la crapule ».

« Il doit y avoir une certaine forme de punition pour celles qui se font avorter ».

« Je réintroduirai l’usage du supplice de la baignoire et des choses bien pires ».

« John McCain est un héros de guerre parce qu’il a été capturé. J’aime les gens qui n’ont pas été capturés ». Lancé à l’ex-candidat aux présidentielles enfermé et torturé au Vietnam, alors que Donald y a miraculeusement échappé soi-disant pour une excroissance au pied.

« Comment Hillary Clinton peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ».

La liste est longue…

Allez, une dernière :

« Le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois dans le but de rendre l’industrie américaine non- compétitive ».

On peut dire tout ce que l’on veut, mais une chose est sûre, Donald n’est pas le champion du principe de précaution.

Il tweete comme d’autres parleraient entre potes en fin de banquet.

Imaginez le tollé que ce gars provoquerait en France, auprès des associations écologistes, humanitaires, LGBT ou féministes !

La liste de ses travers est invraisemblable. Quant à se dire qu’il est à la tête de la première puissance du monde !

Mais au-delà du moindre jugement, la chose la plus impressionnante est que cet homme n’a absolument aucun filtre. Aucune limite.

« Regardez cette gueule ! Y’a quelqu’un qui voterait pour ça ? Vous imaginez cette tête comme prochain président ? »

« Mes doigts sont beaux et longs, comme le sont, il est bien connu, différentes autres parties de mon corps. »

« Arianna Huffington est laide, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je comprends tout à fait que son ex-mari l’ait quittée pour un homme-il a pris la bonne décision. »

Si le bougre n’hésite jamais à clacher ses adversaires politiques, il le fait parfois avec lui-même, signe d’autodérision.

« Une partie de ma beauté, c’est que je suis riche. »

« Si Ivanka n’était pas ma fille, je sortirais bien avec elle. »

Un humour qui ne l’a pas vacciné contre le COVID.

Comme Marcel, en réanimation à l’hôpital de Juvisy-sur-Orge…

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