P = MV


La dernière décennie a été catastrophique pour le rugby français.

Malgré un début de troisième millénaire où nos joueurs se sont mis au niveau physique de ceux de l’hémisphère sud.

Les tee-shirts se sont bien remplis et les mâchoires sont devenues bien carrées, ce qui n’a pas empêché les bleus de faire chou-blanc dans le Tournoi depuis 2010. Malgré une finale de Coupe du Monde 2011 totalement anecdotique.



Un jeu de tranchée et de combat où des gars pourtant costauds s’usent à force d’entrer dans un mur. Une philosophie laborieuse, loin du jeu de mouvement et des « passes avant contact » des fameux Blacks.

Ça ne vous rappelle rien ?


La finale Danemark – Suède a été une victoire de la fluidité dans le jeu de passe. Mais il ne suffit pas de le décréter pour le mettre en place.

La relation passeur-réceptionneur, si chère à Daniel Costantini dans les années 80, est une mécanique de précision plus fine à mettre en place qu’il n’y parait.

La fixation.

Il faut présenter un danger pour attirer un défenseur, sinon c’est on tombe dans la stérilité ou le jeu trop latéral. Il faut de la profondeur, en posant un appui vers le but.

La balle qui brûle les doigts.

Il faut lâcher sa balle dans le bon timing, ni trop tôt, ni trop tard…

Le jeu sans ballon.

Le futur réceptionneur doit calculer sa course de manière à recevoir son ballon lancé, dans l’espace et au bon moment.

Les sélectionneurs, spécialistes de comptoir, ou de réseau social, parlent souvent de « projet de jeu », version moderne du fameux « fond de jeu ».

Les populistes qui s’ignorent emploient eux, le terme « d’identité de jeu ».


En fait il s’agit de principes, qu’il faut respecter si on veut jouer juste : écartement, étagement, jeu sans ballon, création-exploitation de surnombre, …

Ils dépendent souvent de la formation du jeune handballeur, et le champion se doit de les respecter. Personne ne doit s’en abolir, sous peine de dégringolade tactique.

Hormis en 2017, la France a rarement été la nation qui jouait le plus juste.

Elle a souvent construit ses victoires sur d’autres ressorts, comme le combat ou le gardien.

Mais au-delà de ces principes, il faut marquer des buts, et ne pas en prendre si on veut gagner un match.

Si on regarde bien, c’est aussi ce qui a fait basculer une finale très serrée à la 42e, avec Hansen et Landin moins dominants que prévu.

Et là crac !

La fissure, le tournant du match !

Niklas sort des arrêts surnaturels, une chorégraphie grandiose avec jambe en lucarne et balle en pleine tronche.

Et Holm sort de sa boite, serial killer des suédois.

Jacob, pas Francis, pour quatre buts consécutifs : 18/19 … 22/20, un café, l’addition…


Trois heures plus tôt…

Médaille en chocolat.

Le constat arithmétique est inutile : la France est bien le dernier des quatre.

4 buts d’arrière en deuxième mi-temps, des gardiens pas déterminants, on vit un remake de la demie.

Thomas Villechaize fustige le manque d’identité de jeu de cette équipe.

Des arrières qui jouent des duels sans continuité, en prenant leur balle sans course préalable.

En oubliant que la puissance est le produit de la masse par la vitesse : P = MV.

Une charnière centrale intelligemment isolée par des Espagnols qui se régalent dans le 2 contre 2 arrière-pivot.

Rodrigo qui performe, Gonzalo qui sort les pénos.

Dujshebaev fantasque, mais par moment fantastique…


On peut disserter des heures sur l’absence d’untel, la médaille en chocolat, les JO 2021, 2024, 2048 …

On peut se poser la question de l’inexpérience de Guillaume Gille, mais aussi se demander ce qu’auraient fait Anti et Canayer à sa place, notamment avec la blessure de Nikola et Wesley Pardin ?

Il faut faire un constat sans concession, et se dire qu’on a beaucoup gagné parce qu’on avait une défense et un gardien intraitables, qui faisaient peur à tout le monde.

Pas parce qu’on était les plus beaux ou les plus intelligents.


Un peu d’humilité ne peut faire de mal à personne.

Les autres ne sont des pipes.

Ils progressent.

Le jeu progresse et nos joueurs doivent le faire aussi.

En respectant les principes.

Du jeu.



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